Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 5 : LES ARTS INDUSTRIELS
- 1. La pierre, la terre et le verre
- 2. Le bois, l'ivoire, le cuir et les matières textiles
- 3. Les métaux
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On partageait les métaux en deux groupes, séparés
par la mention de quelques espèces de pierres précieuses,
comme le lapis-lazuli et la malachite: celui
des métaux nobles, l'or, l'électrum, l'argent; celui des
métaux vils, le cuivre, le fer, le plomb, auquel on joignit
plus tard l'étain.
Le fer était réservé aux armes et aux outils de fatigue,
ciseaux de sculpteur et de maçon, tranchants de
hache ou d'herminette, lames de couteaux ou de scies.
Le plomb ne servait guère. On en incrustait parfois
les battants de portes des temples, des coffrets, des
meubles, et on en fabriquait de petites statues de divinités,
surtout des Osiris ou des Anubis. Le cuivre pur
était trop mou pour résister à l'usage courant: le
bronze était le métal favori des Égyptiens. Il n'est
pas vrai qu'ils aient réussi, comme on l'a dit souvent,
à lui procurer par la trempe la dureté du fer ou
de l'acier, mais ils ont su en obtenir des qualités très
différentes, en variant les éléments et les proportions de
l'alliage. La plupart des objets examinés jusqu'à présent
ont donné les quantités de cuivre et d'étain employées
aujourd'hui encore à la fabrication du bronze commun. Ceux que Vauquelin étudia, en 1825, renfermaient
84 pour 100 de cuivre, 14 d'étain, 1 de fer et d'autres
matières. Un ciseau, rapporté d'Égypte par Wilkinson,
ne contenait que 5,9 pour 100 d'étain, 0,1 de fer
et 94 de cuivre. Des débris de statuettes et de miroirs,
analysés plus récemment, ont rendu une quantité notable
d'or ou d'argent, et correspondent aux airains
de Corinthe. D'autres ont la teinte et la composition
du laiton. Beaucoup des plus soignés résistent d'une
manière étonnante à l'humidité, et s'oxydent très difficilement;
on les frottait encore chauds d'un vernis
résineux, qui en remplissait les pores et laissait à la surface
une patine inaltérable. Chaque espèce avait son
emploi: le bronze ordinaire pour les armes et pour
les amulettes communs, les alliages analogues au laiton
pour les ustensiles de ménage, les bronzes d'or et
d'argent pour les miroirs, les armes de prix, les statuettes
de luxe. Aucun des tableaux que j'ai vus dans
les tombes ne représente la fonte et le travail du bronze,
mais l'examen des objets eux-mêmes supplée à ce défaut
des monuments figurés. Les outils, les armes, les
anneaux, les vases à bon marché étaient partie forgés,
partie coulés d'un seul coup dans des moules en terre
réfractaire ou en pierre. Tout ce qui était oeuvre d'art
était coulé en un ou plusieurs morceaux, selon les cas,
puis les pièces ajustées, soudées et retouchées au burin.
Le procédé le plus fréquemment employé était celui
de la fonte au carton: un noyau de sable ou de terre
mêlée de charbon pilé était introduit dans le moule, et
le modelé du dehors se répétait grossièrement au dedans.
La couche de métal était souvent si mince qu'elle
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aurait cédé à une pression un peu forte si on n'avait pris
la précaution de la consolider en laissant le noyau en
place pour lui servir de soutien.
La plupart des ustensiles domestiques et des petits
instruments du ménage étaient en bronze. On les rencontre
par milliers en original dans
nos musées, en figure sur les peintures
et les bas-reliefs. L'art et le métier n'étaient
pas incompatibles en Égypte, et
le chaudronnier lui-même s'efforçait de
prêter à ses oeuvres les plus humbles
une forme élégante et des ornements
de bon goût. La marmite où le cuisinier de Ramsès III
composait ses chefs-d'oeuvre est supportée par des pieds
de   lion. Telle bouilloire semble ne   différer en rien de
la
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bouilloire moderne (Fig.267), mais examinez-la de
près: l'anse est une fleur de papyrus épanouie, dont les pétales, inclinés sur
la tige, s'appuient au rebord du goulot
(Fig.268). Le manche des couteaux ou
des cuillers est presque toujours un
cou de canard ou d'oie recourbé; le
bol est parfois un animal, une gazelle
liée comme les bêtes offertes en sacrifice (Fig.269). Un
petit chacal est accroupi sur la poignée d'un sabre.
Une paire de ciseaux du musée de Boulaq a, pour
branche principale, un captif asiatique, les bras liés derrière
le dos. Tel miroir est une feuille de lotus découpée:
la queue sert de manche. Telle boîte à parfums est
un poisson, telle autre un oiseau, telle autre un dieu
grotesque. Les vases à eau lustrale, que les prêtres et les prêtresses portaient à la main pour asperger les
fidèles ou le terrain sur lequel défilaient les processions, méritent une place
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particulière dans l'estime des connaisseurs. Ils sont pointus ou ovoïdes par le bout,
et décorés de tableaux au trait ou en relief.
Tantôt ce sont des images de dieux, chacune
dans un cadre; tantôt c'est une scène d'adoration.
Le travail en est ordinairement très fin.
La statuaire s'était de bonne heure emparée
du bronze: malheureusement, aucune ne
nous a été conservée de ces idoles qui remplissaient
les temples de l'ancien empire.
Quoi qu'on en ait dit, nous ne possédons
point de statuettes en bronze qui soient antérieures
à l'expulsion des Hyksos. Quelques-unes
des figures qui proviennent de Thèbes
sont bien certainement de la XVIIIe et de la
XIXe dynastie: la tête de lion
ciselée qui était avec les bijoux
de la reine Ahhotpou, l'Harpocrate
de Boulaq, qui porte le
prénom de Kamos et le nom
d'Ahmos Ier, plusieurs Ammon
du même musée, qu'on dit avoir
été découverts à Médinét-Habou
et à Shéikh Abd-el-Gournah.
Les pièces les plus importantes appartiennent à
la XXIIe dynastie, ou lui sont postérieures et contemporaines
des Pharaons saïtes; beaucoup ne remontent
pas plus haut que les premiers Ptolémées. Un fragment
qui est en la possession du comte Stroganoff, et qui a été recueilli dans les ruines de Tanis, faisait partie
d'une statue votive du roi Pétoukhânou. Elle était exécutée
aux deux tiers au
moins de la grandeur naturelle,
et c'est le morceau le
plus considérable que nous
ayons jusqu'à présent. Le
portrait de la dame Takoushit,
donné par M. Démétrio
au musée d'Athènes,
les quatre figures de la collection
Posno, aujourd'hui
au Louvre, le génie agenouillé
de Boulaq, sont originaires
de Bubastis et datent
probablement des années
qui précédèrent l'avènement
de Psamitik Ier. La dame
Takoushit est debout, le
pied en avant, le bras droit
pendant, le bras gauche replié
et ramené contre la
poitrine (Fig.270).
Elle est vêtue d'une
robe courte, brodée de
scènes religieuses, et
a des bracelets aux
bras et aux mains.
La
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perruque à mèches carrées, régulièrement étagées, lui
emboîte la tête. Le détail des étoffes et des bijoux est
dessiné en creux, au trait, à la surface du bronze, et relevé d'un fil d'argent. La face est un portrait et
semble indiquer une femme d'âge mûr. Le corps est,
selon la tradition des écoles égyptiennes, un corps de
jeune fille, élancé,
ferme et souple. Le
cuivre est mêlé fortement
d'or et a des
reflets doux, qui se
marient de la manière
la plus heureuse
avec le riche
décor de la broderie.
Autant l'aspect en est
fin et harmonieux,
autant celui du génie
agenouillé de
Boulaq est rude et
heurté. Il a la tête
d'épervier et adore le
soleil levant, comme
c'est le devoir des
génies d'Héliopolis;
son bras droit est
levé en l'air, son
bras gauche se serre
contre la poitrine.
Le style de l'ensemble est sec, et le grenu de l'épiderme
augmente encore l'impression de dureté; mais
le mouvement est juste, énergique, et le masque d'oiseau
s'ajuste au buste d'homme avec une sûreté surprenante.
Les mêmes qualités et les mêmes défauts se retrouvent sur l'Hor de la collection Posno (Fig.271).
Debout, les bras lancés en avant, à hauteur de la tête,
il soulève le vase à libations et en verse le contenu
sur un roi jadis placé devant lui. La rudesse est moins
sensible dans les trois autres figures,
surtout dans celle qui porte le
nom de Mosou gravé à la pointe sur
la poitrine, à l'endroit du coeur
(Fig.272). Elle est debout, comme
Hor, le pied gauche en avant, le
bras gauche tombant près de la
cuisse. La main droite, relevée à la
hauteur du sein, tenait le bâton de
commandement. Le torse est nu,
les reins sont ceints du pagne rayé,
dont la pointe retombe carrément
entre les deux cuisses. La tête est
coiffée de la perruque courte, à
petites mèches fines, imbriquées
l'une sur l'autre. L'oreille est ronde
et grande. Les yeux, bien ouverts,
étaient sertis d'argent et ont été volés
par quelque fellah.
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Les traits
ont une expression remarquable
de hauteur et de fermeté. Que
dire, après cela, des milliers d'Osiris, d'Isis, de Nephthys,
d'Hor, de Nofirtoum, qu'on a retirés du sable
et des décombres à Saqqarah, à Bubaste et dans toutes
les villes du Delta? Beaucoup, sans doute, sont de charmants
morceaux de vitrine et se recommandent par la
perfection de la fonte ou par la délicatesse du travail; mais la plupart sont des objets de commerce, fabriqués
pendant des siècles sur les mêmes modèles, et peut-être
dans les mêmes moules, pour l'édification des dévots et
des pèlerins. Ils sont mous, vulgaires, sans originalité,
et ne se distinguent non plus les uns des autres que
les milliers de figurines coloriées, dont nos marchands
d'objets de sainteté encombrent leurs étalages.
Seules, les images d'animaux, les béliers, les
sphinx, les lions surtout, gardèrent jusqu'à la fin un
cachet d'individualité des plus prononcés. Les Égyptiens
avaient pour les félins une prédilection particulière:
ils ont représenté le lion dans toutes les attitudes,
chassant l'antilope, se ruant sur les chasseurs,
blessé et se retournant pour mordre sa blessure, au repos
et couché d'un calme dédaigneux, et nul peuple
ne l'a rendu avec pareille connaissance de ses habitudes
ni avec pareille intensité de vie. Plusieurs dieux
et plusieurs déesses, Shou, Anhouri, Bastît, Sokhit,
Tafnout, avaient forme de lion ou de chat, et comme le culte en était plus populaire dans le Delta
que partout ailleurs, il ne se passe guère d'années où
l'on ne déterre, au milieu des ruines de Bubastis, de Tanis,
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de Mendès ou de quelque ville moins célèbre, de
véritables dépôts où les figurines de lion ou de lionne,
de femmes ou d'hommes à têtes de lion et de chat, se
comptent par milliers. Les chats de Bubaste et les lions
de Tell-es-sebâ remplissent nos musées. Les lions
d'Horbaït peuvent compter parmi les chefs-d'oeuvre de
la statuaire égyptienne. Le nom d'Apriès est inscrit sur
le plus grand d'entre eux (Fig.273), mais ce témoignage
précis nous manquerait, que les caractères du morceau
nous ramèneraient invinciblement à l'époque saïte. Il
faisait partie des pièces qui composaient l'ornementation
d'une porte de temple ou de naos, et la face postérieure
en était engagée dans un mur ou dans une
pièce de bois. Il est pris au piège, ou couché dans une
cage oblongue, d'où ne sortent que la tête et les pattes
de devant. Les lignes du corps sont simples et puissantes,
l'expression de la face calme et forte. Il égale
presque par l'ampleur et la majesté les beaux lions
en calcaire d'Amenhotpou III.
L'idée d'appliquer l'or et les métaux nobles sur le
bronze, sur la pierre ou sur le bois, était déjà ancienne
en Égypte, au temps de Khéops. L'or est très souvent
mêlé d'argent à l'état naturel; quand il en renfermait
20 pour 100, il changeait de nom et s'appelait électrum
(asimou). L'électrum a une belle teinte jaune clair. Il
pâlit à mesure que la proportion augmente: à 60 pour
100, il est presque blanc. L'argent venait surtout d'Asie
en anneaux, en plaques ou en briquettes d'un poids déterminé. L'or et l'électrum arrivaient partie de Syrie,
en briques et en anneaux, partie du Soudan, en pépites
ou en poudre. L'affinage et la fonte sont figurés sur les
monuments des anciennes dynasties. Un bas-relief de
Saqqarah nous montre la pesée de l'or confié à l'ouvrier
qui doit le travailler; un autre, de Béni-Hassan, le
lavage et la mise au feu du minerai; un autre, de
Thèbes, l'orfèvre assis devant
son creuset, le chalumeau à la
bouche pour attiser la flamme,
et la pince à la main droite, prêt
à saisir le lingot (fig.274). Les
Égyptiens ne frappaient ni monnaies
ni médailles.
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A cela près,
ils tiraient le même parti que
nous des métaux précieux. Comme nous dorons les
croix et les coupoles des églises, ils recouvraient d'or
les portes des temples, le soubassement des murs, les
bas-reliefs, les pyramidions d'obélisque, les obélisques
entiers. Ceux de la reine Hatshepsitou à Karnak étaient
bardés d'électrum. «On les apercevait des deux rives
du Nil, et ils inondaient les deux Égyptes de leurs
reflets éblouissants, quand le soleil se levait entre
eux, comme il se lève à l'horizon du ciel.» C'étaient
des lames forgées à grands coups de marteau sur
l'enclume. Pour les objets de petite dimension, on se
servait de pellicules, battues entre deux morceaux de
parchemin. Le musée du Louvre possède un véritable
livret de doreur, et les feuilles qu'il renferme sont
aussi fines que celles des orfèvres allemands au siècle
passé. On les fixait sur le bronze au moyen d'un
mordant ammoniacal. S'il s'agissait de quelque statuette
en bois, on commençait par coller une toile fine ou par
déposer une mince couche de plâtre, et l'on appliquait
l'or ou l'argent par-dessus ce premier enduit. Il est
question de statues en bois doré de Thot, d'Hor, de
Nofirtoum, dès le temps de Khéops. Le seul temple
d'Isis, dame de la pyramide, en renfermait une douzaine,
et ce n'était pas l'un des plus grands dans la
nécropole memphite. Les temples de Thèbes paraissent
en avoir possédé des centaines, au moins sous les dynasties
conquérantes du nouvel empire, et les sanctuaires
ptolémaïques ne le cédaient pas en cela aux thébains.
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Le bronze et le bois doré ne suffisaient pas toujours
aux dieux: c'était de l'or massif qu'il leur fallait et on
leur en donnait le plus possible. Les rois de l'ancien et
du moyen empire leur dédiaient déjà des statues taillées
en plein dans les métaux précieux. Les pharaons de la
XVIIIe et de la XIXe dynastie, qui puisaient presque à
volonté dans les trésors de l'Asie, renchérirent sur ce
qu'avaient fait leurs prédécesseurs. Même quand la
décadence fut venue, on vit de simples seigneurs féodaux
continuer la tradition des grands règnes, et, comme
Montoumhît, prince de Thèbes, remplacer les images
en or et en argent, que les généraux d'Ashshourbanipal
avaient enlevées à Karnak, pendant les invasions assyriennes.
La quantité de métal ainsi consacrée au service
de la divinité était
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considérable. Si on y trouvait beaucoup
de figures hautes de quelques centimètres à peine,
on en trouvait beaucoup aussi qui mesuraient trois
coudées et plus. Il y en avait d'un seul métal, or ou
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argent;
il y en avait qui étaient partie en or, partie en argent; il y en avait enfin qui se rapprochaient de la statuaire
chryséléphantine des Grecs, et où l'or se combinait
avec l'ivoire sculpté, avec l'ébène, avec les pierres
précieuses. Ce qu'elles étaient, on le sait très exactement,
et par les représentations qui en existent un peu partout,
à Karnak, à Médinét-Habou, à Dendérah, dans
les tombes, et par les statues de calcaire et de bois: la
matière avait beau changer, le style ne variait pas.
Rien n'est plus périssable que de pareilles oeuvres; la
valeur même des matériaux qui les composent les condamne
sûrement à la destruction. Ce que les guerres
civiles, les invasions étrangères, la rapacité des pharaons
et des gouverneurs romains avait épargné, devint la proie des
chrétiens. Quelques statuettes mignonnes,
placées sur les momies en guise d'amulettes, quelques
figures, adorées comme divinités domestiques et égarées
dans les ruines des maisons, quelques ex-voto,
oubliés dans le coin obscur d'un temple, sont parvenus
jusqu'à nous. Le Phtah et l'Ammon de la reine
Ahhotpou, un autre Ammon en or de Boulaq et le vautour
en argent découvert à
Médinét-Habou vers 1885, sont les seules pièces de ce genre attribuées certainement
à la grande époque. Le reste est saïte ou ptolémaïque
et ne se recommande point par la perfection du
travail. La vaisselle que renfermaient les temples et
les maisons n'a pas eu meilleure chance que les statues.
Le Louvre a acquis, au commencement du siècle,
des coupes à fond plat que Thoutmos III donna
à l'un de ses généraux, Thoutii, en récompense
de sa bravoure. La coupe d'argent est très mutilée,
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la coupe d'or est intacte et d'un fort joli dessin (fig.275). Les parois latérales sont ornées d'une légende
hiéroglyphique. On a gravé au fond une rosace,
autour de laquelle circulent six poissons. Une
bordure de
fleurs de lotus,
reliées par une
ligne courbe,
tourne autour
du sujet principal.
Les
cinq vases de
Thmouïs, conservés
à Boulaq,
sont en argent.
Ils faisaient partie
du mobilier
sacré, et avaient été enfouis dans une cachette, où ils
sont demeurés jusqu'à nos jours. Rien n'indique leur
âge; mais, qu'ils soient de
l'époque grecque ou de l'époque
thébaine, la facture est
purement égyptienne. Il ne
reste plus de l'un d'eux que
le couvercle avec une poignée
formée de deux fleurs réunies
par la tige. Les autres sont
intacts et décorés au repoussé
de boutons de lotus et de lotus
épanouis (Fig.276). Le galbe en est élégant et simple,
l'ornementation sobre et légère, le relief très fin; l'un
d'eux est pourtant entouré d'une ceinture d'oves assez fortes (Fig.277), dont la saillie altère un peu les contours
de la panse. Ce sont là des pièces intéressantes;
mais le nombre en est si restreint, que nous aurions
une idée très incomplète de l'orfèvrerie égyptienne
si les représentations figurées ne venaient à notre
aide. Les pharaons n'avaient pas
comme nous la ressource de jeter
dans la circulation, sous forme
de monnaie, l'or et l'argent qu'ils
recevaient des peuples vaincus.
La part des dieux prélevée, ils
n'avaient d'autre alternative que
de fondre en lingots, ou de changer
en vaisselle et en bijoux ce qui leur revenait du
butin. Ce qui était vrai des rois l'était encore plus des
particuliers, et, pendant six ou huit siècles au moins,
à partir d'Ahmos Ier, le goût de l'argenterie fut poussé
jusqu'à l'extravagance.
Toutes les maisons possédaient
non seulement ce qu'il
fallait pour le service de la
table, plats, aiguières à pied,
coupes, gobelets, paniers sur
lesquels on gravait au trait
des figures d'animaux fantastiques
(fig.278), mais de grands vases décoratifs
qu'on remplissait de fleurs,
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ou qu'on étalait sous les yeux
des convives les jours de gala. Certains d'entre eux
étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une
coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus,
et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques ou qu'on étalait sous les yeux
des convives les jours de gala. Certains d'entre eux
étaient d'une richesse extraordinaire. Ici, c'est une
coupe dont les anses sont deux boutons de papyrus,
et le pied un papyrus épanoui; deux esclaves asiatiques allongé, se dresse au milieu des arbres. Évidemment
les ouvriers qui ont exécuté ce travail tenaient
moins à l'élégance et à la beauté qu'à
la richesse et à l'effet. Ils se souciaient peu
que l'ensemble fût lourd et de mauvais
goût, pourvu qu'on admirât leur habileté, et
la quantité de métal qu'ils avaient réussi à
employer. D'autres surtout du même genre,
présentées à Ramsès II, dans le temple
d'Ipsamboul, remplacent les girafes par des
buffles courant à travers les palmiers.
C'étaient de vrais joujous d'orfèvrerie
analogues à ceux que les empereurs
byzantins du IXe siècle avaient dans
leur palais de la Magnaure, et qu'ils
étalaient les jours de réception pour
donner aux étrangers une haute idée
de leur puissance et de leur richesse.
On les voyait défiler avec les prisonniers,
dans le cortège triomphal de
Pharaon, lorsqu'il revenait victorieux
de ses guerres lointaines. Les vases
d'usage journalier
étaient plus légers
et moins chargés
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d'ornements incommodes.
Les deux léopards
qui servent
d'anse à un cratère
du temps de Thoutmos
III (Fig.284) ne sont pas bien proportionnés et se combinent mal avec les rondeurs de la panse, mais
les coupes (Fig.285) et l'aiguière (Fig.286) sont d'une
ordonnance heureuse et d'un contour
assez pur. Ces vases d'or et d'argent
ciselé, travaillés au repoussé, et dont
quelques-uns offrent des scènes de
chasse ou de guerre disposées par
zones, furent imités en Phénicie, et
les contrefaçons, expédiées en Asie
Mineure, en Grèce, en Italie,
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y transportèrent
plusieurs des formes et des
motifs de l'orfèvrerie égyptienne. La passion des métaux
précieux était poussée si
loin sous les Ramessides, qu'on
ne se contenta plus de les employer
au service de la table.
Ramsès II et Ramsès III avaient
des trônes en or, non point plaqués
sur bois, comme en avaient
eu leurs prédécesseurs, mais massifs et garnis de pierreries.
Tout cela avait trop de prix
pour durer et disparut à la première
occasion; la valeur artistique ne
répondait pas d'ailleurs à la valeur
vénale, et la perte n'est pas de celles
dont on ne saurait se consoler.
Les Orientaux, hommes et
femmes, sont grands amateurs de bijoux. Les Égyptiens
ne faisaient pas exception à la règle. Non contents
de s'en parer à profusion pendant la vie, ils en
chargeaient les bras, les doigts, le cou, les oreilles, le front, les chevilles de leurs morts. La
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quantité qu'ils enfouissaient ainsi dans les tombeaux était si considérable,
qu'après trente siècles de fouilles actives, on
découvre encore, de temps en temps, des momies qui
sont, pour ainsi dire, cuirassées d'or. Beaucoup de ces
bijoux funéraires n'étaient que des ornements de parade,
fabriqués pour le jour des funérailles, et dont
l'exécution se ressent de l'usage auquel ils étaient
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destinés.
On ne se privait pas pourtant d'enterrer avec les morts les bijoux qu'ils
avaient préférés de leur vivant, et ceux-là
sont traités avec un soin qui ne laisse
rien à désirer. Les bagues et les chaînes
nous sont arrivées en très grand nombre,
et cela n'a rien que de naturel. En effet, la bague n'était
pas comme chez nous un simple ornement, mais un
objet de première nécessité; on scellait les pièces officielles
au lieu de les signer, et le cachet faisait foi en
justice. Chaque Égyptien avait donc le sien, qu'il portait
constamment sur lui afin d'en user en cas de besoin.
C'était, pour les pauvres, un simple anneau en cuivre
ou en argent, pour les riches, un bijou de modèle
plus ou moins compliqué, chargé de ciselures et d'ornements
en relief. Le chaton mobile tournait sur un
pivot. Il était souvent incrusté d'une pierre avec la
devise ou l'emblème choisi par le propriétaire, un
scorpion (Fig.287), un lion, un épervier, un cynocéphale.
Les chaînes étaient pour l'Égyptienne ce que
la bague était pour son mari, l'ornement par excellence.
J'en ai vu une en argent qui mesurait plus d'un mètre
cinquante de long. D'autres, au contraire, ont à peine cinq ou six centimètres. Il y en a de tous les modules,
à tresse double ou triple, à gros anneaux, à petits anneaux,
les unes massives et pesantes, les autres aussi
légères et aussi flexibles que le plus mince jaseron de
Venise. La moindre paysanne pouvait avoir la sienne,
comme les dames du plus haut rang; mais il fallait que
la femme fût bien pauvre dont l'écrin ne contenait rien
d'autre. Bracelets, diadèmes, colliers,
cornes, insignes de commandement,
aucune énumération n'est assez complète
pour donner une idée du nombre
et de la variété des bijoux qu'on connaît,
soit par la représentation figurée,
soit
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en original. Berlin a la parure
d'une Candace éthiopienne, le Louvre,
celle du prince Psar, Boulaq celle de
la reine Ahhotpou, la plus complète
de toutes. Ahhotpou était femme de
Kamos, roi de la XVIIe dynastie et
peut-être mère d'Ahmos Ier. Sa momie
avait été enlevée par une des
bandes de
voleurs qui exploitaient la nécropole thébaine,
vers la fin de la XXe dynastie. Enfouie par
eux, en attendant qu'ils eussent le loisir de la dépouiller
en sûreté, il est probable qu'ils furent pris
et mis à mort, avant d'avoir pu exécuter ce beau dessein.
Le secret de leur cachette périt avec eux et ne fut
découvert qu'en 1860, par les fouilleurs arabes. La plupart
des objets que la reine avait emportés dans l'autre
monde sont des bijoux de femme, un manche d'éventail
lamé d'or, un miroir de bronze
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doré, à poignée en ébène, garnie d'un lotus d'or ciselé (Fig.288). Les bracelets
appartiennent à plusieurs types divers. Les uns étaient
destinés à garnir la cheville et le haut du bras, et sont
de simples anneaux en or, massifs ou creux, ourlés
de chaînettes en fils d'or tressés, imitant le filigrane.
Les autres se portent au
poignet, comme les bracelets
de nos femmes, et
sont formés de perles en
or, en lapis-lazuli, en cornaline,
en feldspath vert,
montées sur des fils d'or
et disposées en carré, dont
chaque moitié est d'une
couleur différente. La fermeture
consiste en deux
lames d'or, réunies par une aiguillette également en
or: les cartouches d'Ahmos Ier y sont gravés légèrement
à la pointe. C'est également au Pharaon Ahmos Ier
qu'appartenait un beau bracelet d'arc (fig.289), dont la facture rappelle un peu les procédés usités
dans la fabrication des émaux cloisonnés. Ahmos est
agenouillé devant
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le dieu Sibou et ses acolytes, les génies
de Sop et de Khonou. Les figures et les hiéroglyphes
sont levés en plein sur une plaque d'or; et
ciselés délicatement au burin. Le champ est rempli de
pièces de pâte bleue et de lapis-lazuli taillées artistement.
Un bracelet de travail
plus compliqué, mais
moins fin, était passé
au poignet de la reine
(Fig.290). Il est en or
massif et formé de trois
bandes parallèles, garnies
de turquoises. Sur le devant,
un vautour déploie
ses ailes, dont les plumes
sont composées d'émaux verts, de lapis-lazuli et de
cornaline, enchâssés dans des cloisons d'or. Les cheveux
étaient engagés dans un diadème d'or massif, à peine
aussi large qu'un bracelet. Le nom d'Ahmos
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est incrusté
en pâte bleue sur une plaque oblongue, adhérente
au cercle: deux petits sphinx en relief, posés de
chaque côté, ont l'air de veiller sur lui (fig.291). Une
grosse chaîne d'or flexible était
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enroulée autour du
cou: elle est terminée par deux têtes d'oie recourbées, qu'on liait au moyen d'une ficelle, quand on
voulait fermer le collier. Le scarabée qui lui sert
de pendeloque a le corselet et les élytres en pâte de
verre bleue, rayée d'or, les pâtes et le corps en or
massif. La parure de la poitrine était complétée par un large collier du genre de ceux qu'on appelait
Ouoskh (fig.292). Il a pour agrafes-deux têtes
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d'épervier
en or, dont les détails étaient relevés d'émail
bleu. Les rangs sont composés de cordes, enroulées, de fleurs à quatre
pétales en croix,
d'antilopes poursuivies
par des
tigres, de chacals
accroupis, d'éperviers,
de vautours
et d'uraeus ailées,
le tout en or repoussé,
et cousu
sur le linceul au
moyen d'un petit
anneau soudé
derrière chaque figure. Au-dessous, pendait sur la poitrine
une de ces pièces carrées qu'on appelle un pectoral (Fig.293).
La forme générale est d'un naos. Ahmos, debout dans une barque entre Ammon et Râ,
reçoit, sur la tête et sur le corps, l'eau qui doit le purifier.
Deux éperviers planent, à droite et à
gauche du roi, au-dessus des dieux. La
silhouette des figures est dessinée par des
cloisons d'or; le corps était rendu par
des plaquettes de pierre et d'émail, dont
beaucoup sont tombées. Le morceau est
un peu lourd, et l'usage ne s'en comprend
guère si on l'isole du reste de la parure.
Pour juger sainement l'effet qu'il
produisait, on doit se rappeler ce qu'était
le vêtement des femmes égyptiennes: une
sorte de fourreau d'étoffe semi-transparente,
qui s'arrêtait au-dessous des seins
et les laissait saillir librement. Le haut de
la poitrine et du dos, les épaules, le cou
étaient à découvert, sauf une paire de bretelles
étroites qui maintenaient le fourreau
et l'empêchaient de glisser. Les femmes
riches habillaient cette nudité de bijoux. Le
collier voilait à moitié les épaules et le
haut de la poitrine. Le pectoral masquait
le sillon qui se creuse entre les seins. Les
seins eux-mêmes étaient parfois emboîtés
chacun dans une sorte de coupe d'or
émaillé ou peint, qui en épousait exactement
les contours. A côté de ces bijoux,
des armes et des amulettes étaient entassés
pêle-mêle: trois grosses
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mouches d'or massif suspendues
à une chaînette mince, neuf petites haches, trois en or, six en argent, une tête de lion en or d'un
travail minutieux, un sceptre en bois noir enroulé
d'or, des anneaux de jambes, des poignards. L'un d'eux
(Fig.294), enfermé dans une gaine d'or, avait un manche
en bois, décoré de triangles en cornaline, en lapis-lazuli,
en feldspath et en or. Pour pommeau,
quatre têtes de femme en or
repoussé; une tête de taureau renversée,
en or, dissimule la soudure de
la lame au manche. Le pourtour de
la lame est en or massif, le corps en
bronze noir, damasquiné. Sur la
face supérieure, au-dessous du prénom
d'Ahmos, un lion poursuit un
taureau, en présence de quatre grosses
sauterelles alignées; sur la face inférieure,
le nom d'Ahmos et quinze
fleurs épanouies, qui sortent l'une
de l'autre et vont se perdant vers la
pointe. Un poignard, découvert à
Mycènes par M. Schliemann, présente
un système de décoration analogue;
les Phéniciens, qui copiaient assidûment
les modèles égyptiens, ont
probablement transporté celui-là en Grèce. Le second
poignard de la reine (Fig.295) a une forme qu'il n'est
pas rare de rencontrer aujourd'hui encore dans la
Perse et dans l'Inde. C'est une lame en bronze jaunâtre
très lourd, emmanchée d'un disque en argent. Pour s'en
servir, on appuyait le pommeau lenticulaire dans le
creux de la main, et l'on passait la lame entre l'index et le médius. On se demandera quel besoin une femme,
et une femme morte, avait de tant d'armes. L'autre monde
était peuplé d'ennemis
contre lesquels on
devait lutter sans relâche,
génies typhoniens,
serpents, scorpions
gigantesques,
tortues, monstres de toute sorte. Les
poignards qu'on enfermait au cercueil
avec la momie aidaient l'âme à se
protéger, et comme ils n'étaient
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utiles
que pour la lutte corps à corps, on avait
ajouté quelques armes de jet, des arcs,
des boumerangs en bois dur et une
hache de guerre. Le manche est en
bois de cèdre revêtu d'une feuille d'or
(fig.296). La légende d'Ahmos y est
écrite en caractères de lapis-lazuli, de
cornaline, de
turquoise et de feldspath
vert. Le tranchant est saisi dans une
entaille du bois et maintenu en place
par un treillis de fils d'or. Il est en
bronze noir et a été doré. L'une des
deux faces montre des lotus sur fond
d'or, l'autre Ahmos frappant un barbare
à moitié renversé, qu'il tient aux
cheveux. Au-dessous, le dieu de la
guerre, Montou Thébain, est représenté
par un griffon à tête d'aigle. Deux barques
en argent et en or simulaient la barque sur laquelle la momie traversait le fleuve, pour se rendre à sa dernière
demeure et naviguer à la suite des dieux sur la mer d'Occident.
La barque en argent était posée sur un chariot de
bois à quatre roues en bronze; comme elle était en
assez mauvais état, on l'a démontée et remplacée par
la barque en or (fig.297). La coque est légère et
allongée: les façons de l'avant et de l'arrière sont relevées
et se terminent par des bouquets de
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papyrus gracieusement recourbés. Deux estrades, entourées de
balustrades à panneaux pleins, se dressent
à la proue et à la poupe, en guise de châteaux
gaillards. Le pilote d'avant est debout
dans la première, le timonier se tient
devant la seconde et manie la rame à large
palette qui remplissait l'office de notre
gouvernail. Douze rameurs d'argent massif
voguent sous les ordres de ces deux officiers. Au
centre, Kamos est assis, la hache et le sceptre à la
main. Voilà ce qu'il y avait sur une seule momie;
encore n'ai-je énuméré que les objets les plus remarquables.
La technique en est irréprochable, et la sûreté
du goût n'est pas moindre chez l'ouvrier que la dextérité de la main. L'art de l'orfèvre, parvenu au degré
de perfection dont témoigne l'écrin d'Ahhotpou, ne s'y
maintint pas longtemps. Les modes changèrent, la forme
des bijoux s'alourdit. La bague de Ramsès II au Louvre,
avec ses chevaux posés debout sur le chaton (Fig.298),
le bracelet du prince
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Psar (fig.299), avec ses griffons et
ses lotus en émail cloisonné, sont d'un dessin moins
heureux que les bracelets d'Ahmos. Celui qui les a
exécutés était, sans contredit, aussi habile que les
orfèvres de la reine Ahhotpou; mais il avait le goût
moins fin et l'esprit moins inventif. Ramsès II était
condamné, ou bien à ne jamais porter sa bague, ou bien
à voir les petits chevaux qui l'ornaient, s'écraser et
tomber au moindre choc. La décadence, déjà sensible
sous la XIXe dynastie, s'accentue à mesure que nous
nous rapprochons de l'ère chrétienne. Les boucles
d'oreilles de Ramsès IX, au musée de Boulaq, sont un
composé disgracieux de disques chargés de filigrane,
de chaînettes, d'uraeus pendants; comme aucune
oreille humaine n'aurait pu en porter le poids sans
s'allonger outre mesure ou sans se déchirer, on les
accrochait à la perruque de chaque côté de la tête. Les
bracelets du grand-prêtre Pinotmou III, recueillis sur sa
momie, sont de simples anneaux en or, ronds, incrustés
de verre coloré et de cornaline, semblables à ceux qu'on
fabrique encore aujourd'hui chez les noirs du Soudan.
L'invasion des Grecs modifia d'abord les procédés
de l'orfèvrerie égyptienne, puis substitua peu à peu
ses types aux types indigènes. L'écrin de la reine
éthiopienne que Ferlini vendit au musée de Berlin
contenait, à côté de bijoux qu'on aurait pu
attribuer sans peine à l'époque pharaonique, des bijoux de style
mixte où l'influence hellénique est nettement reconnaissable.
Les trésors découverts, en 1878, à Zagazig,
en 1881, à Qénèh, en 1882, à Damanhour, étaient composés
entièrement d'objets dont la facture n'a plus rien
d'égyptien, épingles à cheveux surmontées d'une statuette
de Vénus, boucles de ceinture, agrafes pour
péplum, bagues et bracelets ornés de camées, coffrets
flanqués aux quatre coins de colonnettes ioniques.
Les vieux modèles étaient encore recherchés dans les
campagnes, et les orfèvres de village conservaient tant
bien que mal la tradition antique: les orfèvres de ville
ne savaient plus que copier lourdement les modèles
grecs et romains.
Cette revue rapide de ce qu'ont produit les arts
industriels présente bien des lacunes. J'ai dû me borner
à citer ce que renferment les collections les plus connues;
que ne trouverait-on pas si l'on pouvait visiter à loisir nos musées de province et recueillir ce que le
hasard des ventes a dispersé dans les collections particulières!
La diversité des petits monuments de l'industrie
égyptienne est infinie et l'étude méthodique en
reste encore à faire: elle promet plus d'une surprise à
qui voudra la tenter.
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FIN
Egypte - L'archeologie egyptienne
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