Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 5 : LES ARTS INDUSTRIELS
- 1. La pierre, la terre et le verre
- 2. Le bois, l'ivoire, le cuir et les matières textiles
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L'ivoire, l'os, la corne sont assez rares dans les musées:
ce n'est pas une raison pour croire que les Égyptiens
n'en aient pas tiré bon parti. La corne ne dure
guère: certains insectes en sont très friands et la détruisent
en fort peu de temps. L'os et l'ivoire perdent
aisément leur consistance et deviennent friables. Les
Égyptiens connaissaient les éléphants de toute antiquité;
peut-être même les ont-ils rencontrés dans la
Thébaïde, au moment où ils s'y installèrent, car le
nom de l'île d'Éléphantine est écrit avec l'image d'un
de ces animaux, dès la Ve dynastie. L'ivoire leur arrivait
des régions du haut Nil par dents et par demi-dents.
Ils le teignaient à volonté en vert ou en rouge,
mais lui laissaient le plus souvent sa teinte naturelle
et l'employaient beaucoup en menuiserie, pour incruster
des chaises, des lits et des coffrets; ils en fabriquaient
aussi des dés à jouer, des peignes, des
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épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers
d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre
creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau,
des encensoirs formés d'une main qui supporte un
godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs
couverts au trait de divinités et d'animaux
fantastiques. Quelques-uns de ces objets
sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à
Boulaq, un manche de poignard qui représente
un lion, les reliefs plaqués sur la boîte
à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la
XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie
malheureusement mutilée, mais qui garde encore
des traces de couleur rose, et la statue en
miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe.
Elle est juchée majestueusement sur une colonne
en campane. Le personnage regarde
droit devant lui, d'un air majestueux que ses
oreilles très écartées de la tête rendent tant
soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le
morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage
aux bons ivoires italiens de la Renaissance. épingles à cheveux, des ustensiles de toilette, des cuillers
d'un travail délicat (Fig.237), des étuis à collyre
creusés dans une colonne surmontée d'un chapiteau,
des encensoirs formés d'une main qui supporte un
godet en bronze où brûler des parfums, des boumérangs
couverts au trait de divinités et d'animaux
fantastiques. Quelques-uns de ces objets
sont de véritables oeuvres d'art: ainsi, à
Boulaq, un manche de poignard qui représente
un lion, les reliefs plaqués sur la boîte
à jeu de Touaï, qui vivait à la fin de la
XVIIe dynastie, une figurine de la Ve dynastie
malheureusement mutilée, mais qui garde encore
des traces de couleur rose, et la statue en
miniature d'Abi, qui mourut sous la XIIIe.
Elle est juchée majestueusement sur une colonne
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en campane. Le personnage regarde
droit devant lui, d'un air majestueux que ses
oreilles très écartées de la tête rendent tant
soit peu comique. La touche est large et spirituelle. Le
morceau pourrait être comparé sans trop de désavantage
aux bons ivoires italiens de la Renaissance.
L'Égypte ne nourrit pas beaucoup d'arbres, encore
la plupart de ceux qu'elle produit sont-ils impropres à
la sculpture. Les deux espèces les plus répandues, le
palmier et le doum, sont d'une fibre grossière et par trop
inégale. Quelques variétés de sycomore et d'acacia ont
seules un corps dont le grain souple et fin se prête au
travail du ciseau. Le bois n'en était pas moins la matière
favorite des sculpteurs qui voulaient faire vite et à bon
marché. Ils le choisissaient parfois pour des oeuvres d'importance, telles que les supports du double, et nous
jugeons par le Shéikh-el-beled de quelle hardiesse et
de quelle ampleur ils savaient le traiter. Mais les billots
ou les poutres dont ils disposaient avaient rarement
la longueur et la largeur suffisante pour qu'on en
tirât une statue d'une seule pièce. Le
Shéikh-el-beled lui-même, qui cependant
n'est pas de grandeur naturelle,
est un assemblage de morceaux tenus
par des chevilles carrées. On s'accoutuma
donc à ramener les sujets qu'on
voulait exécuter en bois à des proportions
telles qu'on pût les tailler tout entiers
dans un même bloc; sous les dynasties
thébaines, les statues d'autrefois
sont devenues des statuettes. L'art ne
perdit rien à cette décroissance, et plus
d'une parmi ces figurines est comparable
aux plus beaux ouvrages de l'ancien
empire. La meilleure peut-être est
au musée de Turin, et appartient à la
XXe dynastie. Elle représente une fillette
sans vêtement qu'une ceinture étroite
passée sur les reins. Elle est encore à cet
âge indécis où le sexe n'est pas développé et où les
formes tiennent à la fois du garçon et de la femme. La
tête est d'une expression douce et mutine: c'est, à trente
siècles de distance, le portrait de ces gracieuses filles
d'Eléphantine qui se promènent nues sous le regard des
étrangers, sans gêne et sans impudeur. Trois petits
hommes du musée de Boulaq sont probablement contemporains de la figurine de Turin. Ceux-là sont revêtus
du costume d'apparat et
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ce n'est que justice, car l'un
d'eux était le favori du roi, Hori,
surnommé Râ. Ils marchent droit,
d'un mouvement calme et mesuré,
le buste bien effacé, la tête haute:
l'expression de leur physionomie
est maligne et rusée. Un officier
(Fig.238), qui a pris sa retraite au
Louvre, est en demi-costume militaire
du temps d'Amenhotpou III
et de ses successeurs: perruque
légère, sarrau collant à manches
courtes, pagne bridant sur la hanche,
descendant à peine jusqu'à
mi-cuisse et garni sur le devant
d'une pièce d'étoffe bouffante, gaufrée
dans le sens de la longueur.
Il a pour voisin un prêtre (Fig.239)
coiffé de petites mèches étagées,
vêtu de la jupe longue tombant à
mi-jambe et s'étalant en une sorte
de tablier plissé. Il supporte à deux
mains un insigne divin, consistant
en une tête de bélier surmontée du
disque solaire, le tout emmanché
au bout d'une hampe solide. Officier
et prêtre sont peints en brun
rouge, à l'exception des cheveux qui sont noirs, de la
cornée des yeux qui est blanche et de l'insigne divin
qui est jaune. Chose curieuse, leur camarades de vitrine, la petite dame Nâï, est peinte comme eux en rouge et
non en jaune, qui est la couleur réglementaire des
femmes en Égypte (Fig.240). Elle est prise dans un
peignoir collant, garni de haut en bas d'une broderie
en fil blanc. Elle porte au cou un collier d'or à trois
rangs, et aux poignets des bracelets d'or, sur la tête
une perruque dont les tresses descendent
jusqu'à la naissance de la gorge. Le
bras droit pend le long du corps, et la
main
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tenait un objet, probablement un
miroir en métal, qui a disparu: le bras
gauche est replié sur la poitrine, et la
main serre une tige de lotus dont le bouton
pointe entre les seins. Le corps est
souple et bien fait, la gorge jeune, droite
et peu développée, la face large et souriante
avec une expression de douceur et
de vulgarité. L'artiste n'a pas su éviter
la lourdeur dans l'agencement de la coiffure,
mais le buste est modelé avec une
élégance chaste, la robe dessine les formes
sans les exposer trop indiscrètement, le
geste par lequel la jeune femme ramène la fleur sur sa
poitrine est rendu avec finesse et naturel. Ce sont là des
portraits, et, comme les modèles n'étaient pas d'ordre
très relevé, on peut supposer qu'ils ne s'étaient pas
adressés pour les avoir aux faiseurs en renom: ils
avaient eu recours à des ouvriers sans prétention, mais
la science de la forme et la sûreté de l'exécution sont
bien propres à prouver jusqu'à quel point l'influence
de la grande école de sculpture qui florissait alors à Thèbes s'exerçait fortement, même sur les gens de métier.
Elle est plus sensible encore quand on étudie l'attirail
de la toilette et le mobilier proprement dit. Ce ne
serait pas petite affaire que de passer en revue tous les
menus ustensiles de parure féminine, auxquels la fantaisie
des artistes donnait une forme ingénieuse et spirituelle.
Les manches de miroir représentent le plus
souvent une tige de lotus ou de papyrus, surmontée
d'une fleur épanouie d'où sort le disque de métal poli;
quelquefois une jeune fille nue ou vêtue d'une chemise
étroite le tient en équilibre sur sa tête. Les épingles à
cheveux se terminent en serpent lové, en museau de
chacal, de chien, en bec d'épervier. La pelote dans laquelle
elles sont plantées est un hérisson ou une tortue,
dont la carapace est percée de trous selon un
dessin régulier. Les chevets, sur lesquels on appuyait
la tête pour dormir, étaient décorés de reliefs empruntés
aux mythes de Bîsou et de Sokhit: la tête grimaçante du
dieu s'étale sur les bas côtés ou sur la base. Mais c'est
surtout dans l'exécution des cuillers à parfum ou des
étuis à collyre que brille le génie inventif des ouvriers.
On se servait des cuillers pour manier, sans trop se
salir, soit des essences, soit des pommades, soit les fards
de différentes couleurs dont hommes et femmes se teignaient
les joues, les lèvres, le bord et le dessous des
yeux, les ongles, la paume des mains. Les motifs sont
empruntés généralement à la faune ou à la flore du Nil.
Un des étuis de Boulaq a la figure d'un veau couché,
creusé pour servir de boîte: la tête et le dos de l'animal
s'enlèvent et font couvercle. Une cuiller du même
musée représente un chien qui se sauve, emportant un énorme poisson dans sa gueule: le corps du poisson
est le bol de la cuiller (Fig.241). L'autre est un cartouche
qui jaillit d'un lotus épanoui, un fruit
de lotus posé sur un bouquet de fleurs
(Fig.242) ou un simple récipient triangulaire
(Fig.243) flanqué de deux boutons. Les
plus soignées combinent avec ces données la
figure humaine.
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Une jeune fille nue, sauf une
ceinture qui lui serre les hanches, nage,
tenant la tête bien hors de l'eau
(Fig.244); ses deux bras allongés
poussent un canard creusé en
boîte, et dont les deux ailes,
s'écartant à volonté, tiennent lieu
de couvercle. Au Louvre, c'est encore une
jeune fille (Fig.245), mais perdue dans les
lotus et qui cueille un bouton.
Une botte de tiges, d'où s'échappent
deux fleurs épanouies,
réunit le manche au bol de la
cuiller, dont l'ovale tourne sa partie
ronde au dehors, sa pointe à
l'intérieur. Ailleurs, la jeune fille (Fig.246)
est encadrée entre deux tiges fleuries et
marche en jouant de la guitare à long manche.
Ailleurs encore, la musicienne est debout
sur une barque
(fig.247) ou est remplacée par une porteuse d'offrandes. Parfois enfin,
c'est un esclave qui s'avance, courbé sous
le poids d'un énorme sac. Tous ces personnages ont
chacun leur physionomie et leur
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âge caractérisés nettement. La cueilleuse de lotus est bien née, comme
l'indique sa chevelure nattée avec soin et la jupe
plissée dont elle est habillée. Les dames thébaines
étaient vêtues de long, et celle-là ne s'est troussée
haut qu'afin de pouvoir marcher par les roseaux sans
mouiller ses vêtements.
Au contraire, les deux
musiciennes et la nageuse
sont de condition inférieure ou servile. Deux
d'entre elles n'ont qu'une ceinture, la troisième a un
jupon court lié négligemment. La porteuse d'offrandes
(Fig.248) est coiffée de la longue tresse pendante dont on affublait les enfants. C'est une de ces adolescentes
minces et fluettes, comme on en voit beaucoup
encore chez les fellahs des bords du Nil, et sa nudité
ne l'empêche pas d'être de naissance ingénue; les
enfants nobles ne commençaient à prendre le costume
de leur sexe que vers l'âge de puberté.
Enfin l'esclave (Fig.249), avec
ses lèvres épaisses, son nez plat, sa
mâchoire lourde et bestiale, son front
déprimé, sa tête glabre en pain de
sucre, est évidemment la caricature
d'un prisonnier étranger. La mine
abrutie avec laquelle il s'en va pliant
sous le faix a été fort bien saisie, et
les saillies anguleuses du corps, le
type de la tête, l'agencement des diverses
parties, rappellent l'aspect général des terres
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cuites grotesques de
l'Asie Mineure. Tous les détails de
nature groupés autour du sujet principal
et qui l'encadrent, la forme des
fleurs et des feuilles, l'espèce des oiseaux,
sont rendus avec un grand
amour de l'exactitude et avec un certain esprit. Des
trois canards que la porteuse d'offrandes a liés par les
pattes et laisse pendre à son bras, deux se sont résignés
à leur sort et sont là ballants, le cou tendu,
l'oeil ouvert; le troisième relève la tête et bat de l'aile
pour protester. Les deux oiseaux d'eau perchés sur les
lotus écoutent, au repos et le bec sur le jabot, la
joueuse de luth. L'expérience leur a appris qu'il ne faut pas se déranger pour des chansons et qu'une
jeune fille n'est à craindre qu'à la condition
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d'être armée.
La vue d'un arc et d'une flèche
les met en fuite dans les bas-reliefs,
comme de nos jours la vue d'un fusil
fait s'envoler une bande de pies.
Les Égyptiens connaissaient à merveille
les habitudes des animaux et se
sont plu à les reproduire exactement.
L'observation de tous les menus faits
était devenue instinctive chez eux,
et donnait aux moindres productions
de leurs mains ce caractère de
réalité dont nous sommes frappés
aujourd'hui.
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Les meubles n'étaient pas plus
nombreux dans l'Égypte ancienne
qu'ils ne sont dans l'Égypte actuelle.
Chez les pauvres, quelques nattes et
des huches en terre battue. Chez les
gens de la classe moyenne, des coffrets
à linge et des escabeaux. Chez les
riches seuls, des lits, des fauteuils, des
divans, des tables: armoires, buffets,
dressoirs, commodes, la plupart des
pièces qui composent notre mobilier étaient inconnus.
L'art du menuisier n'en était pas moins porté à un
haut degré de perfection dès les anciennes dynasties.
Les ais, dressés à l'herminette, emmortaisés, collés,
réunis par des chevilles en bois dur ou des épines
d'acacia, jamais par des clous métalliques, étaient polis,
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puis revêtus de peintures. Les coffres sont généralement
juchés sur quatre pieds droits, parfois assez
élevés. Le couvercle est plat ou arrondi
selon une courbe spéciale
(Fig.250), que les Égyptiens ont aimée
de tout temps, rarement taillé en
pointe comme le toit de nos maisons
(Fig.25l). Il s'enlève le plus souvent
tout entier, souvent il tourne autour d'une cheville enfoncée
dans l'épaisseur de
l'un des montants, parfois
enfin il roule sur des pivots
en bois, analogues à
ceux de nos armoires
(Fig.252). Les panneaux,
dont la grande surface se
prêtait étonnamment à la
décoration artistique, sont
rehaussés de peintures, incrustés d'ivoire, d'argent, de
plaques d'émail,
de bois précieux. Peut-être sommes-nous
mal placés aujourd'hui
pour juger de l'habileté que
les Égyptiens déployaient à
l'occasion, et de la variété des
formes qu'ils inventaient à
chaque époque. Presque tous
les meubles qui nous restent
proviennent des tombeaux et sont, ou bien des imitations
à bon marché de meubles précieux destinées à
être enfermées dans le caveau avec les morts, ou bien des meubles de nature particulière, dont l'usage était
exclusivement réservé aux momies.
Les momies étaient, en effet, les clients les plus
certains des menuisiers. Partout ailleurs, l'homme
n'emportait au delà de la vie qu'un petit nombre d'objets:
en Égypte, il ne se contentait pas à moins d'un
mobilier complet. Le cercueil était à lui seul un véritable
monument, dont la construction mettait en branle une
escouade d'ouvriers (Fig.253). La mode en variait selon
les époques. Aux temps de l'empire memphite et du
premier empire thébain, on ne rencontre guère que de
grandes caisses rectangulaires, en bois de sycomore, à
couvercle et à fonds plats, composées de plusieurs pièces
assemblées au moyen de chevilles également en bois.
Le modèle n'en est pas élégant, mais la décoration en
est des plus curieuses. Le couvercle n'a pas de corniche.
Une longue bande d'hiéroglyphes en occupe le
milieu à l'extérieur; tantôt simplement tracée à l'encre
ou à la couleur, tantôt sculptée à même le bois, puis
remplie de pâte bleuâtre, elle ne contient que le
nom et le titre du défunt, parfois une courte formule
de prière en sa faveur. La surface intérieure est enduite d'une couche épaisse de stuc, ou blanchie
au lait de chaux: on y inscrivait d'ordinaire le chapitre
XVII du Livre des Morts, aux encres rouge et
noire et en beaux hiéroglyphes cursifs. La cuve consiste
en huit planches verticales, disposées deux à deux, pour
les parois, et en trois planches horizontales pour le
fond. Elle est décorée quelquefois, à l'extérieur, de
grandes rainures prismatiques terminées en feuilles de
lotus entre-croisées, comme celles qu'on rencontre sur
les sarcophages en pierre. Le plus souvent elle est
ornée, sur la gauche, de deux yeux grands ouverts et
de deux portes monumentales, sur la droite, de trois
portes, en tout semblables à celles qu'on voit dans les
hypogées contemporains. Le cercueil est en effet la
maison propre du mort, et, comme tel, il doit présenter
sur ses faces un résumé des prières et des tableaux
qui s'espaçaient sur les murs de la tombe entière. Les
formules et les représentations nécessaires sont écrites
et illustrées à l'intérieur, presque dans le même ordre
où nous les trouvons au fond des mastabas. Chaque
paroi est divisée en trois registres, et chaque registre
contient ou bien une dédicace au nom du mort, ou
bien la figure des objets qui lui appartiennent, ou
bien les textes du Rituel qu'on récitait à son intention.
Le tout agencé habilement, sur un fond imitant
assez exactement le bois précieux, forme un tableau
d'un trait hardi et d'une couleur harmonieuse.
Le menuisier n'avait que la moindre part au travail,
et les longues boîtes où l'on enfermait les morts les
plus anciens n'exigeaient pas de lui une grande habileté.
Il n'en fut pas de même dès qu'on s'avisa de donner au cercueil l'aspect général du corps humain.
Deux types sont alors en présence. Dans le plus ancien,
la momie sert de modèle à son enveloppe. Les pieds
et les jambes sont réunis tout du long. Les saillies du
genou, les rondeurs du mollet, de la cuisse et du ventre,
sont indiquées de façon sommaire et se modèlent vaguement
sous le bois. La tête, seule vivante sur ce
corps inerte, est dégagée entièrement. Le mort est
emprisonné dans une sorte de statue de lui-même,
assez bien équilibrée pour qu'on pût, à l'occasion, la
dresser sur ses pieds comme sur une base. Ailleurs, il
est étendu sur sa tombe, et sa figure, sculptée en ronde
bosse, sert de couvercle à sa momie. La tête est chargée
de la perruque à marteaux, la casaque de batiste
blanche presque transparente voile le buste à demi,
le jupon couvre les jambes de ses plis serrés. Les
pieds sont chaussés de sandales élégantes, les bras
s'allongent ou se replient sur la poitrine, les mains
tiennent des emblèmes divers, la croix ansée, la boucle
de ceinture, le tat, ou, comme la femme de Sennotmou
à Boulaq, une guirlande de lierre. Ce genre de
gaine momiforme est rare sous les dynasties menaphites;
Menkaourî, le Mykérinos des Grecs, nous en
a donné pourtant un exemple mémorable. Très fréquente
à la XIe dynastie, elle n'est souvent, alors,
qu'un tronc d'arbre évidé, où l'on a sculpté grossièrement
une tête et des pieds humains. Le masque est
bariolé de couleurs éclatantes, jaune, rouge, vert; les
cheveux et la coiffure sont rayés de noir ou de bleu.
Un collier s'étale pompeusement sur la poitrine. Le
reste du cercueil est, ou bien enveloppé
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des longues ailes dorées d'Isis et de Nephthys, ou bien revêtu d'un
ton uniforme, jaune ou blanc, et illustré parcimonieusement
de figures ou de bandes d'hiéroglyphes
bleues et noires. Les plus soignés parmi les cercueils
des rois de
la XVIIIe dynastie,
que j'ai
déterrés à Déir-el-Baharî,
appartiennent
à
ce type et ne se
signalent que
par le fini du
travail et par
la perfection
vraiment extraordinaire
avec laquelle
l'ouvrier a reproduit
les
traits du souverain.
Le
masque d'Ahmos Ier, celui d'Amenhotpou Ier, celui de
Thoutmos II, sont de véritables chefs-d'oeuvre en leur
genre. Celui de Ramsès II ne porte d'autre trace de
peinture qu'une raie noire, afin d'accentuer la coupe
de l'oeil; modelé sans doute à l'image du Pharaon
Hrihor, qui restaura l'appareil funèbre de son puissant
prédécesseur; il est presque comparable aux meilleures
oeuvres des statuaires contemporains (Fig.254).
Deux des cercueils, ceux de la reine
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Nofritari et de sa fille Ahhotpou II, sont de taille gigantesque et mesurent
plus de 3 mètres de haut. On dirait, à les voir
debout (Fig.255), une des cariatides qui ornent la
cour de Médinét-Habou, mais en plus petit. Le corps
est emmailloté et n'a plus que l'apparence indécise
d'un corps humain. Les épaules et le buste sont revêtus
d'un réseau en relief, dont chaque maille se détache
en bleu sur le fond jaune de l'ensemble. Les mains
s'échappent de cette espèce de mantelet et se croisent
sur la poitrine en serrant la croix ansée, symbole de
la vie. La tête est un portrait: face large et ronde,
grands yeux, expression douce et insignifiante, lourde
perruque surmontée de la coiffure et des longues plumes
d'Amon ou de Mout. On se demande quel motif a
poussé les Égyptiens à fabriquer ces pièces extraordinaires.
Les deux reines étaient de petite taille et leur
momie était comme perdue dans la cavité; il fallut les
caler à grand renfort de chiffons pour les empêcher de
ballotter et de se détériorer. Grandeur à part, la simplicité
est le caractère de ces deux cercueils comme elle
l'est des autres cercueils royaux ou privés de cette
époque qui sont parvenus jusqu'à nous. Vers le milieu
de la XIXe dynastie, la mode changea. On ne se contenta
plus d'une seule caisse sobrement ornée: on
voulut en avoir deux, trois, même quatre, emboîtées
l'une dans l'autre et couvertes de peintures ou d'inscriptions.
Souvent alors l'enveloppe extérieure est un
sarcophage à oreillettes carrées, à couvercle en dos
d'âne, dont les fonds, peints en blanc, sont chargés de
figures du mort, en adoration devant les dieux du
groupe Osirien. Lorsqu'elle a la forme humaine, elle garde encore
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quelque chose de la nudité primitive: la
face est coloriée, un collier recouvre
la poitrine, une bande d'hiéroglyphes
descend jusqu'aux pieds;
le reste est d'un ton uniforme,
noir, brun ou jaune sombre.
Les caisses intérieures étaient
d'un luxe presque extravagant,
faces et mains rouges, roses,
dorées, bijoux peints et parfois
simulés au moyen de morceaux
d'émail incrustés dans le bois,
scènes et légendes multicolores, le
tout englué de ce vernis jaune dont
j'ai parlé plus haut. Le contraste
est frappant entre l'abondance
d'ornements qu'on remarque à ces
époques et la sobriété des époques
antérieures: il faut se rendre à
Thèbes même, au lieu de la sépulture,
pour en comprendre la raison.
Les particuliers et les rois des
dynasties conquérantes employaient
ce qu'ils avaient de ressources et
d'énergie à se creuser des hypogées.
Les parois en étaient sculptées
ou peintes, le sarcophage était taillé
dans un bloc immense de granit
ou d'albâtre ouvragé finement; peu
importait que le bois où dormait la momie fût
simplement décoré. Les Égyptiens de la décadence et leurs maîtres n'avaient plus, comme les générations
qui les avaient précédés, la faculté de puiser indéfiniment
dans les trésors de l'Égypte et des pays voisins.
Ils étaient pauvres, et la médiocrité de leur budget ne
leur permettait pas d'entreprendre de longs travaux:
ils renoncèrent, ou du moins presque tous, à se préparer
des tombes monumentales, et dépensèrent ce qui
leur restait d'argent à se fabriquer de belles caisses en
bois de sycomores. Le luxe de leurs cercueils n'est,
en résumé, qu'une preuve de plus à joindre aux preuves
déjà nombreuses que nous avons de leur faiblesse et
de leur pauvreté. Lorsque les princes Saïtes eurent
rétabli, pour quelques siècles, les affaires du pays,
les sarcophages en pierre reparurent et l'enveloppe en
bois reprit quelque chose de la simplicité des beaux
temps; mais ce renouveau ne dura pas, et la conquête
macédonienne amena dans les modes funéraires la
même révolution qu'autrefois la chute des Ramessides.
On en revint à l'usage des caisses doubles et triples, aux
excès de peinture, aux dorures criardes; l'habileté des
manoeuvres d'époque gréco-romaine qui ont habillé les
morts d'Akhmîm pour leur dernière demeure est
moindre, leur mauvais goût ne le cède en rien à celui
des fabricants de cercueils thébains qui vivaient sous les
derniers Ramsès.
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Le reste du mobilier funèbre ne donnait pas aux
menuisiers moins d'ouvrage que les momies. On voulait
des coffres de différente taille pour le trousseau
du mort, pour ses intestins, pour ses figurines funéraires,
des tables pour ses repas, des chaises, des tabourets,
des lits où étendre le cadavre, des traîneaux pour l'amener au tombeau, même des chars de guerre ou de
promenade. Les coffrets où l'on enfermait les canopes,
les statuettes funéraires, les vases à libations, sont divisés
en plusieurs compartiments: un chacal accroupi
est posé quelquefois par-dessus et sert comme de poignée
pour soulever le couvercle. Ils étaient munis chacun
d'un petit traîneau, pour qu'on pût les traîner sur le
sol pendant les cérémonies de l'enterrement. Les lits
ne sont pas rares. Beaucoup sont identiques aux angarebs
des Nubiens actuels, de simples cadres en bois,
sur lesquels on tendait de grosses étoffes ou des lanières
en cuir entre-croisées. La plupart n'ont guère plus
d'un mètre et demi en longueur; le dormeur ne pouvait
pas s'y étendre, mais y reposait pelotonné sur lui-même.
Les lits ornés étaient de la même longueur
que les nôtres, ou à peu près. Le châssis en était le
plus souvent horizontal, quelquefois incliné légèrement
de la tête aux pieds. Il était souvent assez élevé au-dessus
du sol, et on y montait au moyen d'un banc ou
même d'un petit escalier portatif.
Le détail ne nous en
serait guère connu que par les monuments figurés, si,
en 1884 et 1885, je n'en avais découvert deux complets,
l'un à Thèbes, dans une tombe de la XIIIe dynastie,
l'autre à Akhmîm, dans la nécropole gréco-romaine.
Deux lions de bonne volonté ont étiré leur
corps en guise de châssis, la tête au chevet, la queue
recourbée sur les pieds du dormeur. Au-dessus s'élève
une sorte de baldaquin, qui servait lors de l'exposition
des momies. Rhind en avait déjà rapporté un qui orne
aujourd'hui le musée d'Édimbourg (Fig.256). C'est un
temple, dont le toit arrondi est
soutenu par d'élégantes colonnettes en bois peint. Une porte gardée par deux
serpents familiers était censée donner accès à l'intérieur.
Trois disques ailés, de plus en plus grands,
garnissaient les corniches superposées au-dessus de la
porte, et une rangée d'uraeus lovés se dressait au couronnement
de l'édifice. Le baldaquin du lit de la
XIIIe dynastie est beaucoup plus simple, une sorte de
balustrade en bois découpé et enluminé, à l'imitation
des paquets de roseaux qui décorent le haut des parois
de temple, le tout surmonté de la corniche ordinaire.
Dans le lit de l'époque grecque (Fig.257), les
balustres sont remplacés sur les côtés par des figures
de la déesse Mâït, sculptées et peintes, accroupies et la
plume aux genoux. A la tête et au pied, Isis et Nephthys
se tiennent debout et étendent leurs bras frangés
d'ailes. La voûte est à jour: des vautours y planent
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au-dessus de la momie, et deux statuettes d'Isis et de
Nephthys agenouillées pleurent sur elle. Les traîneaux
qui menaient les morts au tombeau étaient, eux aussi,
décorés d'une sorte de baldaquin, mais d'aspect très
différent. C'est encore un naos,
mais à panneaux
pleins, comme
ceux que j'ai découverts, en 1886,
dans la chambre
de Sennotmou à
Gournét-Mourraï.
Quand on y pratiquait
quelques jours, c'étaient des lucarnes carrées
par lesquelles on apercevait la tête de la momie: Wilkinson
en a décrit un de ce genre, d'après les peintures
d'une tombe
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thébaine (Fig.258). Dans tous les
cas, les panneaux étaient mobiles. Le mort une fois déposé
sur la planche du traîneau, on les dressait chacun en sa place; le toit recourbé et garni de sa corniche
posait sur le tout et formait couvercle. Plusieurs des
fauteuils du Louvre et du British Museum ont été
fabriqués vers la XIe dynastie.
Ce ne sont pas les
moins beaux, et l'un
d'eux (Fig.259) a conservé
une vivacité de couleurs
extraordinaires. Le cadre,
jadis garni d'un treillis de
cordelettes, repose sur
quatre pieds de lion. Le
dossier est orné de deux
fleurs et d'une ligne de
losanges en marqueterie
d'ébène et d'ivoire, qui
se détache sur un champ rouge. Des tabourets de travail
semblable (Fig.260), et des pliants, dont les pieds
sont formés par des têtes
d'oies aplaties, se trouvent
dans tous les musées.
Les Pharaons et les
hauts fonctionnaires recherchaient
des modèles
plus compliqués. Leurs
sièges étaient parfois fort
hauts. Ils avaient pour
bras deux lions courants,
ou pour supports des prisonniers de guerre liés dos
à dos (fig.261).
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Un escabeau, placé sur le devant,
servait de marchepied pour y monter, ou de point d'appui au personnage assis. Nous ne possédons
jusqu'à présent aucun meuble de ce genre. Les peintures nous montrent
qu'on corrigeait la dureté
des fonds cannés ou treillissés
en les recouvrant de matelas et
de coussins richement ouvrés.
Les coussins et les matelas ont
disparu, et l'on a supposé qu'ils
étaient recouverts en tapisserie.
Sans doute la tapisserie était
connue en Égypte, et un bas-relief
de Béni-Hassan (Fig.262)
nous apprend comment on la
fabriquait. Le métier, quoique
très simple, rappelle celui dont
se servent aujourd'hui encore les tisserands d'Akhmîm.
Il est horizontal
et se compose
de deux cylindres
minces, ou
plutôt de deux
bâtons, séparés
par un
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espace
d'un mètre cinquante,
et engagés chacun
dans deux
grosses chevilles
plantées dans le sol à quatre-vingts centimètres l'une
de l'autre ou environ. Les lisses de la chaîne étaient attachées solidement, puis roulées autour du cylindre
de tête jusqu'à tension convenable. Des bâtons de
croisure, disposés d'espace en espace, facilitent l'introduction
des broches chargées de fils. Le travail commençait
par en bas, ainsi qu'on fait encore aux Gobelins.
Le tissu était tassé et égalisé au moyen d'un
peigne grossier, puis enroulé au fur et à mesure sur
le cylindre inférieur. On fabriquait ainsi des tentures
et des tapis décorés les uns de figures, les autres de
dessins géométriques, zigzags ou damiers (Fig.263);
toutefois, un examen attentif des monuments m'a démontré
que la plupart des sujets où l'on a cru reconnaître
des exemples de tapisserie sont en cuir peint et
découpé. L'industrie du cuir était très florissante. Il y
a peu de musées qui ne possèdent une paire au moins
de sandales ou de ces bretelles de momie, dont les
bouts sont en peau estampée, et portent une figure
de dieu ou de Pharaon, une légende hiéroglyphique,
une rosace, parfois le tout réuni. Ces petits monuments ne remontent guère plus haut que le temps
des grands-prêtres d'Ammon ou des premiers Bubastites.
C'est à la même époque qu'on doit attribuer
l'immense dais du musée de Boulaq. Le catafalque
sur lequel la momie reposait, pendant le
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transport de
la maison mortuaire au tombeau, était garni souvent
d'une couverture d'étoffe ou de cuir souple. Parfois
les côtés retombaient droit, parfois ils étaient relevés
en guise de rideaux par des embrasses et laissaient apercevoir le cercueil. Le dais de Déir-el-Baharî
fut préparé pour la princesse Isimkheb, fille du
grand-prêtre Masahirti, femme du grand-prêtre Menkhopirrî,
mère du grand-prêtre Pinotmou III. La
pièce centrale, plus longue que large, se divise en trois
bandes d'un cuir bleu céleste qui a passé au gris perle. Les deux latérales sont semées
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d'étoiles jaunes:
sur celle du milieu s'étagent des vautours, dont les
ailes étendues protègent le mort. Quatre pièces, formées
de carrés verts et rouges, disposés en damier, se
rattachent aux quatre côtés. Celles qui pendent sur
les côtés longs sont reliées à la centrale par une bordure
d'ornements. A droite, des scarabées aux ailes
déployées alternent avec les cartouches du roi Pinotmou II,
sous une frise de fers de lance. A gauche,
(Fig.264), le motif est plus compliqué. Une touffe
de lotus, flanquée des cartouches royaux, occupe
le centre; viennent ensuite deux antilopes agenouillées
chacune sur une corbeille, puis deux bouquets
de papyrus, enfin deux scarabées, semblables à
ceux de l'autre bordure. La frise en fers de lance
court au-dessus. La technique de cet objet est
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très curieuse. Les hiéroglyphes et les figures étaient
découpés dans de larges feuilles de
cuir, comme nous faisons nos chiffres
et nos lettres dans des plaques en
cuivre. On cousait ensuite, sous les
vides ainsi ménagés, des lanières de
cuir de la couleur qu'on voulait donner
aux ornements ou aux caractères,
et, pour dissimuler le rapiéçage, on
étalait par derrière de longs morceaux
de cuir blanc ou jaune clair.
Malgré les difficultés d'agencement
que présente ce travail, le résultat
obtenu est des plus remarquables.
La silhouette des gazelles, des scarabées
et des fleurs est aussi nette et
aussi élégante que si elle était tracée
au pinceau sur une muraille ou sur
une feuille de papyrus. Le choix des
motifs est heureux, la couleur harmonieuse
et vive à la fois. Les ouvriers
qui ont conçu et exécuté le dais
d'Isimkheb avaient une longue pratique
de ce système de décoration
et du genre de dessin qu'il comportait.
Je ne doute pas, quant à moi,
que les coussins des fauteuils et des
divans royaux, les voiles des barques
funéraires ou divines sur lesquelles
on embarquait les momies et les statues
des dieux, ne fussent le plus souvent en cuir. La voile en damier d'une des barques peintes au tombeau
de Ramsès III (Fig.265) rappelle à s'y méprendre
les pans en damier du dais. Les vautours et les
oiseaux fantastiques d'une autre barque (Fig.266)
ne sont ni plus étranges ni plus difficiles à obtenir
en cuir que les vautours et les gazelles d'Isimkheb. Les témoignages anciens nous permettent d'affirmer
que les Égyptiens d'autrefois brodaient aussi bien que
ceux du moyen âge. Les deux cuirasses qu'Amasis
donna, l'une aux Lacédémoniens, l'autre au temple
d'Athéna à Lindos, étaient en lin, mais ornées de figures
d'animaux en fil d'or et de pourpre: chaque fil se composait
de trois cent soixante-cinq brins tous distincts.
Si nous remontons plus haut, nous voyons, par les monuments figurés, que les Pharaons avaient des vêtements
chargés de bordures en tapisserie ou en broderie,
appliquées ou exécutées à même l'étoffe. Les plus simples
consistent en une ou plusieurs bandes de nuance
foncée courant parallèlement au liséré. Ailleurs, on
aperçoit des palmettes ou des séries de disques et
de points, des feuillages, des méandres, et même, ça et
là, des figures d'hommes, de divinités ou d'animaux,
dessinées probablement à l'aiguille. Aucune des étoffes
qu'on a trouvées jusqu'à présent sur les momies royales
n'est décorée de la sorte et ne nous permet de juger la qualité
et la technique de ce travail. Une fois, seulement,
j'ai découvert, sur le corps d'une des princesses de Déir-el-Bahari,
un cartouche brodé en fil rosé pâle. Les Égyptiens de la bonne époque paraissent avoir estimé particulièrement
les étoffes unies, surtout les blanches. Ils
les fabriquaient avec une habileté merveilleuse, sur un
métier identique de tous points à celui qu'ils avaient
inventé pour la tapisserie. Les portions de linceul qui
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enveloppent les mains et les bras de Thoutmos III sont
aussi ténues que la plus fine mousseline de l'Inde, et
mériteraient le nom d'air tissé, aussi bien au moins
que les gazes de Cos. C'est là toutefois pure question
de métier où l'art n'a rien à réclamer. L'usage de la
broderie et de la tapisserie ne se répandit communément
en Égypte que vers la fin de la domination persane
et le commencement de
la domination grecque, sous l'influence des premiers Lagides. Alexandrie fut
peuplée en partie de colons phéniciens, syriens, juifs
qui y apportèrent avec eux les procédés de fabrication
usités dans leur pays et y fondèrent des manufactures
bientôt florissantes. Pline attribue aux Alexandrins
l'invention de tisser à plusieurs lisses les étoffes qu'on
appelle brocarts (polymita); et, au temps des premiers
Césars, c'était un fait reconnu que «l'aiguille de Babylone
était désormais vaincue par le peigne du Nil».
Les tapisseries alexandrines n'étaient pas décorées
presque exclusivement de dessins géométriques, comme
les vieilles tapisseries égyptiennes: on y voyait, au
témoignage des anciens, des figures d'animaux et même
d'hommes. Rien ne nous est resté des chefs-d'oeuvre
qui remplissaient le palais des Ptolémées, mais des
fragments ont été découverts en Égypte, qu'on peut
attribuer à la basse époque impériale, l'enfant à l'oie,
décrit par Wilkinson, les divinités marines d'une pièce que j'ai achetée à Coptos. Les nombreux linceuls brodés
et garnis de bandes en tapisserie, qu'on a découverts
récemment au Fayoum et près d'Akhmîm, proviennent
presque tous de tombes coptes et relèvent, par conséquent,
de l'art byzantin plus que de l'art égyptien.
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- 3. Les métaux
Egypte - L'archeologie egyptienne
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