Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 4 : LA PEINTURE ET LA SCULPTURE
- 1. Le dessin et la composition
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Nous ne connaissons pas les méthodes que les Égyptiens
employaient à l'enseignement du dessin. La pratique
leur avait appris à déterminer les proportions
générales du corps et à établir des relations constantes
entre les parties dont il est constitué, mais ils ne s'étaient jamais inquiétés de chiffrer ces proportions et de les
ramener toutes à une commune mesure. Rien, dans ce
qui nous reste de leurs oeuvres, ne nous autorise à croire
qu'ils aient jamais possédé un canon, réglé sur la longueur
du doigt ou du pied humain. Leur enseignement
était de routine et non de théorie. Ils avaient des modèles
que le maître composait lui-même, et que les
élèves copiaient sans relâche, jusqu'à ce qu'ils fussent
parvenus à les reproduire exactement. Ils étudiaient
aussi d'après nature, comme le prouve la facilité avec
laquelle ils saisissaient la ressemblance des personnages,
et le caractère ou le mouvement propre à chaque espèce
d'animaux. Ils jetaient leurs premiers essais sur des
éclats de calcaire planés rudement, sur une planchette
enduite de stuc rouge ou blanc, au revers de vieux manuscrits
sans valeur: le papyrus neuf coûtait trop cher
pour qu'on le gaspillât à recevoir des barbouillages
d'écolier. Ils n'avaient ni crayons ni stylet, mais des
joncs, dont le bout, trempé dans l'eau, se divisait en
fibres ténues et formait un pinceau plus ou moins fin,
selon la grosseur de la tige. La palette en bois mince,
oblongue, rectangulaire, était pourvue à la partie
inférieure d'une rainure verticale à serrer la calame,
et creusée à la partie supérieure de deux ou plusieurs
cavités renfermant chacune une pastille d'encre sèche:
la noire et la rouge étaient le plus usités. Un petit mortier
et un pilon (Fig.156) pour broyer les couleurs, un
godet plein d'eau pour humecter et laver les pinceaux,
complétaient le trousseau de l'apprenti. Accroupi devant
son modèle, palette au poing, il s'exerçait à le reproduire
en noir, à main levée et sans appui. Le maître revoyait son oeuvre et en corrigeait les défauts à l'encre
rouge.
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Les rares dessins qui nous restent sont tracés sur
des morceaux de calcaire, en assez mauvais état pour la
plupart. Le British Museum en a deux ou trois au trait
rouge, qui ont peut-être servi
comme de cartons au décorateur
d'un tombeau thébain de
la XXe dynastie. Un fragment
du musée de Boulaq porte des
études d'oies ou de canards à
l'encre noire. On montre à Turin l'esquisse d'une
figure de femme, nue au caleçon près, et qui se renverse
en arrière pour faire la culbute: le trait est
souple, le mouvement gracieux, le modelé délicat. L'artiste n'était pas gêné,
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comme il l'est chez nous par la rigidité de l'instrument qu'il maniait. Le pinceau
attaquait perpendiculairement la surface, écrasait
la ligne ou l'atténuait à volonté, la prolongeait,
l'arrêtait, la détournait en toute liberté. Un outil aussi
souple se prêtait merveilleusement à rendre les côtés
humoristiques ou risibles de la vie journalière. Les
Égyptiens, qui avaient l'esprit gai et caustique par nature,
pratiquèrent de bonne heure l'art de la caricature.
Un papyrus de Turin raconte, en vignettes d'un dessin
sûr et libertin, les exploits amoureux d'un prêtre chauve
et d'une chanteuse d'Amon. Au revers, des animaux
jouent, avec un sérieux comique, les scènes de la vie
humaine. Un âne, un lion, un crocodile, un singe se
donnent un concert de musique instrumentale et vocale.
Un lion et une
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gazelle jouent aux échecs. Le Pharaon de tous les rats, monté sur un char traîné par des
chiens, court à l'assaut d'un fort défendu par des
chats. Une chatte du monde, coiffée d'une fleur, s'est
prise de querelle avec une oie: on en est venu aux
coups, et la volatile malheureuse, qui ne se sent pas de
force à lutter, culbute d'effroi. Les chats étaient d'ailleurs
les animaux favoris des caricaturistes égyptiens.
Un ostracon du musée
de New-York
nous en montre
deux, une chatte de
race assise sur un
fauteuil, en grande
toilette, et un misérable
matou qui lui
sert à manger, d'un
air
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piteux, la queue entre les jambes (Fig.157). L'énumération
des dessins connus est courte, comme on le
voit: l'abondance de vignettes dont on avait coutume
d'orner certains ouvrages compense notre pauvreté en
ce genre. Ce sont presque toujours des exemplaires
du Livre des morts et du Livre de savoir ce qu'il y
a dans l'enfer. On les copiait par centaines, d'après
des manuscrits-types, conservés dans les temples
ou dans les familles consacrées héréditairement au
culte des morts. Le dessinateur n'avait donc aucun
effort d'imagination à faire. Sa tâche consistait uniquement
à imiter le modèle qu'on lui donnait, avec toute
l'habileté dont il était capable. Les rouleaux du Livre
de savoir ce qu'il y a dans l'enfer, qui sont parvenus
jusqu'à nous, ne sont pas antérieurs à la XXe dynastie.
Le faire en est toujours assez mauvais, et les figures ne
sont le plus souvent que des bonshommes tracés rapidement
et mal proportionnés. Le nombre des exemplaires
du Livre des morts est tellement considérable
qu'on pourrait, rien qu'avec eux, entreprendre une histoire
de la miniature en Égypte: d'aucuns remontent en
effet à la XVIIIe dynastie, d'autres sont contemporains
des premiers Césars. Les plus anciens sont généralement
d'une exécution remarquable. Chaque chapitre
est
accompagné d'une vignette qui représente un dieu,
homme ou bête, un emblème divin, le mort en adoration
devant la divinité. Ces petits motifs sont rangés
quelquefois en une seule ligne au-dessus du texte courant
(Fig.158), quelquefois dispersés à travers les pages,
comme les majuscules ornées de nos manuscrits. D'espace
en espace, de grands tableaux occupent toute la
hauteur du feuillet, l'enterrement au début, le jugement
de l'âme vers le milieu, l'arrivée du mort aux
champs d'Ialou vers la fin de l'ouvrage. L'artiste avait
là beau jeu à déployer son talent et à nous donner la mesure de ses forces. La momie d'Hounofir est debout
devant la stèle et le tombeau (Fig.159); les femmes de
la famille pleurent sur elle, tandis que les hommes
et le prêtre lui présentent l'offrande.
Les papyrus des
princes et princesses de la famille de Pinotmou, qui
sont au musée de Boulaq, montrent que les bonnes
traditions de l'école se maintinrent, chez les Thébains,
jusqu'à la XXIe dynastie. La décadence vint rapidement
sous les règnes suivants, et, pendant des siècles, nous ne trouvons plus que des dessins grossiers et sans valeur.
La chute de la domination persane produisit une
renaissance. Les tombeaux de l'époque grecque nous ont
rendu des papyrus à vignettes soignées, d'un style sec et
minutieux, qui contraste singulièrement avec la manière
large et hardie des temps antérieurs. Le pinceau à pointe
large avait été remplacé par le pinceau à pointe fine.
Les scribes rivalisèrent à qui mènerait les lignes les plus
déliées, et les traits dont ils se complurent à surcharger
les accessoires de leurs figures, barbe, cheveux, plis
du vêtement, sont quelquefois si ténus qu'on a peine
à les distinguer sans loupe. Si précieux que soient ces
documents, ils ne suffiraient pas à nous faire apprécier
la valeur et les procédés de travail des artistes égyptiens;
c'est aux murailles des temples ou des tombeaux
que nous devons nous adresser si nous désirons connaître
leurs habitudes de composition.
Les conventions de leur dessin diffèrent sensiblement
de celles du nôtre. Homme ou bête, le sujet n'était
jamais qu'une silhouette à découper sur le fond environnant.
On cherchait donc à démêler, parmi les formes,
celles-là seules qui offrent un profil accentué, et que
le simple trait pouvait saisir et amener sur une surface
plane. Pour les animaux, le problème n'offrait rien de
compliqué: l'échine et le ventre, la tête et le cou, allongés
parallèlement au sol, se profilent d'une seule venue,
les pattes sont bien détachées du corps. Aussi les animaux
sont-ils pris sur le vif, avec l'allure, le geste,
la flexion des membres, particulière à chaque espèce.
La marche lente et mesurée du boeuf, le pas court,
l'oreille méditative, la bouche ironique de l'âne, le trot menu et saccadé des chèvres, le coup de rein du
lévrier en chasse, sont rendus avec un bonheur constant
de ligne et d'expression. Et si des animaux domestiques
on passe aux sauvages, la perfection n'est pas
moindre. Jamais on n'a mieux exprimé qu'en Égypte
la force calme du lion au repos, la démarche sournoise
et endormie du léopard, la grimace des singes, la
grâce un peu grêle de la gazelle et de l'antilope. Il
n'était pas aussi facile de projeter l'homme entier sur
un même plan, sans s'écarter de la nature. L'homme
ne se laisse pas reproduire aisément par la ligne
seule, et la silhouette supprime une part trop grande
de sa personne. La chute du front et du nez, la coupe
des lèvres, le galbe de l'oreille, disparaissent quand la
tête est dessinée de face. Il faut, au contraire, que le
buste soit posé de face pour que la ligne des épaules se
développe en son entier, et pour que les deux bras
soient visibles à droite et à gauche du corps. Les contours
du ventre se modèlent mieux lorsqu'on les aperçoit
de trois quarts et ceux des jambes lorsqu'on les
prend de côté. Les Égyptiens ne se firent point scrupule
de combiner, dans la même figure, les perspectives contradictoires
que produisent l'aspect de face et l'aspect
de profil. La tête, presque toujours munie d'un oeil
de face, est presque toujours plantée de profil sur un
buste de face, le buste surmonte un tronc de trois
quarts, et le tronc s'étaye sur des jambes de profil.
Ce n'est pas qu'on ne rencontre assez souvent des
figures établies, ou peu s'en faut, selon les règles de
notre perspective. La plupart des personnages secondaires
que renferme le tombeau
de Khnoumhotpou ont essayé de se soustraire à la loi de malformation;
ils ont le buste de profil, comme la tête et les jambes,
mais ils portent en avant tantôt l'une, tantôt l'autre
des épaules, afin de bien montrer leurs deux bras
(Fig.160). L'effet n'est pas des plus heureux, mais examinez
le paysan
qui gave une oie, et surtout celui qui pèse sur le cou d'une gazelle pour l'obliger à s'accroupir
(Fig.161): l'action des bras et des reins est
rendue exactement, la fuite du dos est régulière, les
épaules, entraînées en arrière par le déplacement des
bras, font saillir la poitrine sans en exagérer l'ampleur,
le haut du corps tourne bien sur les hanches. Les lutteurs
de Béni-Hassan s'attaquent et s'enlacent, les danseuses
et les servantes des hypogées thébains se meuvent
avec une liberté parfaite (Fig.162). Ce sont là des exceptions;
ailleurs, la tradition a été plus forte que la
nature, et les maîtres égyptiens continuèrent jusqu'à
la fin à déformer la figure humaine. Leurs hommes et
leurs femmes sont donc de véritables monstres pour
l'anatomiste, et cependant ils ne sont ni aussi laids ni
aussi risibles qu'on est porté à le croire, en étudiant les
copies malencontreuses que nos artistes en ont faites
souvent. Les membres défectueux sont alliés aux corrects
avec tant d'adresse, qu'ils paraissent être soudés comme naturellement. Les lignes exactes et les fictives
se suivent et se complètent si ingénieusement qu'elles
semblent se déduire nécessairement les unes des autres.
La convention une fois reconnue et admise, on ne saurait
trop admirer l'habileté technique dont témoignent
beaucoup de monuments. Le trait est net, ferme, lancé
résolument et longuement mené. Dix ou douze coups
de pinceau suffisent à établir une figure de grandeur
naturelle. Un seul trait enveloppait la tête de la
nuque à la naissance du cou, un seul marquait le ressaut
des épaules et la tombée des bras. Deux traits
ondulés à propos cernaient le contour extérieur, du
creux de l'aisselle à la pointe des pieds, deux arrêtaient
les jambes, deux les bras. Les détails du costume et de
la parure, d'abord indiqués sommairement, étaient repris
un à un et achevés minutieusement: on peut
compter presque les tresses de la chevelure, les plis du
vêtement, les émaux de la ceinture ou des bracelets.
Ce mélange de science naïve et de gaucherie voulue,
d'exécution rapide et de retouche patiente, n'exclut ni l'élégance des formes, ni la grâce et la vérité des attitudes,
ni la justesse des mouvements. Les personnages
sont étranges, mais ils vivent, et, qui veut se donner la
peine de les regarder sans préjugé, leur étrangeté même
leur prête un charme, que n'ont pas des oeuvres plus
récentes et plus conformes à la vérité.
Les Égyptiens ont donc su dessiner. Ont-ils, comme
on le dit souvent, ignoré l'art de composer un ensemble?
Prenez une scène au hasard dans un des hypogées thébains,
celle qui représente le repas funéraire offert au
prince Harmhabi par les gens de sa famille (Fig.163).
C'est un sujet moitié idéal, moitié réel. Le défunt et
ceux des siens qui sont déjà de son monde y figurent
à côté des vivants, visibles, mais non mêlés; ils assistent
plus qu'ils ne prennent part au banquet. Harmhabi
siège donc sur un pliant, à la gauche du spectateur. Il
a sur les genoux une petite princesse, une fille d'Amenhotpou
III, dont il était le père nourricier et qui était
morte avant lui. Sa mère, Sonit, trône à sa droite, en
retraite, sur un grand fauteuil, et de la main gauche
lui serre le bras, de l'autre lui tend
une fleur de lotus; une gazelle mignonne, peut-être enterrée auprès d'elle,
comme la gazelle découverte à côté de la reine Isimkheb
dans le puits de Déir-el-Baharî, est attachée à l'un des
pieds du fauteuil. Ce groupe surnaturel est de taille
héroïque. Assis, Harmhabi et sa mère ont le front de
niveau avec celui des femmes qui se tiennent debout
devant eux; il fallait en effet que les dieux fussent toujours
plus grands que les hommes, les rois plus grands
que leurs sujets, les maîtres du tombeau plus grands
que les vivants. Les parents et les amis sont rangés sur
une seule ligne, la face aux ancêtres, et semblent causer
entre eux. Le service est commencé. Les jarres de vin et
de bière, posées à la file sur leurs selles en bois, sont
déjà ouvertes. Deux jeunes esclaves, puisant à merci dans
un vase d'albâtre, frottent les vivants d'essences odorantes.
Deux femmes en toilette d'apparat présentent
aux morts des coupes en métal remplies de fleurs, de
grains et de parfums, qu'elles déposent au fur et à mesure
sur une table carrée; trois autres accompagnent de
leur musique et de leur danse l'hommage des premières.
Comme ici le tombeau est la salle du festin, il n'y a
d'autre fond au tableau que la paroi couverte d'hiéroglyphes,
à laquelle les invités étaient adossés pendant la
cérémonie. Ailleurs, le théâtre de l'action est indiqué
clairement par des touffes d'herbe ou par des arbres, si
elle se passe en rase campagne, par du sable rouge, si
elle se passe au désert, par des fourrés de joncs et de
lotus, si elle se passe dans les marais. Une femme de
qualité rentre chez elle (Fig.164). Une de ses filles,
pressée par la soif, boit un long trait d'eau à même
une goullèh; deux petits enfants nus, un garçon et une fillette à tète rase, sont accourus vers la mère jusqu'à
la porte de la rue, et reçoivent, des mains d'une servante,
des joujoux qu'on leur a rapportés du dehors.
Une treille, habillée de vignes, des arbres chargés de
fruits poussent au second plan: nous sommes dans un
jardin, mais la maîtresse et ses deux filles aînées l'ont
traversé sans s'y arrêter et sont entrées dans la maison.
La façade, levée à moitié, laisse voir ce qu'elles font:
trois servantes leur servent des rafraîchissements. Le tableau
n'est pas mal composé et pourrait être transcrit sur
la toile par un moderne sans exiger trop de changements;
seulement la même maladresse, ou le même parti pris,
qui obligeait l'Égyptien à emmancher une tête de profil
sur un buste de face, l'a empêché de disposer ses
plans en fuite l'un derrière l'autre, et l'a réduit à inventer
des procédés plus ou moins ingénieux pour remédier
à l'absence presque complète de perspective.
Et d'abord, la plupart des personnages qui concourent
à une même action étaient rabattus sur un même
plan, isolés autant que possible, pour éviter que la silhouette
de l'un recouvrît celle de l'autre;
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sinon, on les
superposait à plat, comme s'ils n'avaient eu que deux mais tous les pieds s'appuient sur une seule
raie de sol, et la ligne qu'ils tracent ne suit pas, comme
elle devrait, le mouvement des
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autres lignes (Fig.167). Ce mode de représentation n'est pas rare à l'époque
thébaine. On l'adoptait de préférence lorsqu'on voulait
figurer des troupes d'hommes ou d'animaux placées
sur un rang et entraînées au même acte d'une même
impulsion; mais il avait l'inconvénient,
grave aux yeux
des Égyptiens, de supprimer
presque entièrement le corps
des personnages, le premier
excepté, et de n'en laisser
subsister qu'un contour insuffisant.
Lors donc qu'on
ne pouvait ramener toutes les
figures sur le devant du tableau,
sans risquer d'en cacher
une partie, on décomposait
l'ensemble en plusieurs groupes, dont chacun
représentait un épisode, et qu'on distribuait l'un
au-dessus de l'autre dans le même plan vertical. La
hauteur de chacun d'eux ne dépend en rien de la place
qu'ils occupaient dans la perspective normale, mais
du nombre d'étages superposés dont l'artiste pensait
avoir besoin pour rendre complètement sa pensée. Elle
équivaut d'ordinaire à la moitié du registre principal,
s'il se contentait de deux étages, au tiers s'il en voulait
trois, et ainsi de suite. Cependant, lorsqu'il s'agit de
simples
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accessoires, le registre qui les contient peut être
plus bas que les autres; ainsi, au festin funèbre d'Harmhabi, les amphores sont entassées dans un moindre
espace que celui où siègent les convives. Les scènes
secondaires étaient séparées le
plus souvent par une barre
horizontale, mais le trait de
division n'était pas indispensable,
et, surtout quand on
avait à figurer des masses profondes
d'individus rangées régulièrement,
les plans verticaux
s'imbriquaient, pour ainsi
dire, l'un sur l'autre, dans des
proportions variables au caprice
du dessinateur. A la bataille
de Qodshou, les files de
la phalange égyptienne se dominent
successivement de toute la hauteur du buste
(Fig.168), et celles des
bataillons hittites se dépassent
à peine de la tête
(Fig.169). Et les déformations
que subissent les
groupes d'hommes et d'animaux ne sont point
parmi les plus fortes
qu'on se soit permises en
Égypte: les maisons, les
terrains, les arbres, les
eaux, ont été défigurés comme à plaisir. Un rectangle,
posé de champ sur un des côtés longs et rayé de rubans
ondulés, représente un canal; si vous en doutez, des poissons et des crocodiles sont là comme enseigne,
pour bien montrer que vous devez voir de l'eau
et non autre chose. Des bateaux sont en équilibre
sur le bord supérieur, des troupeaux
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plongés jusqu'au ventre passent à gué, un pêcheur à la ligne
marque l'endroit où le Nil cesse et où la berge commence.
Ailleurs, le rectangle est comme suspendu
à mi-tronc de cinq ou six palmiers (Fig.170); on comprend
aussitôt que l'eau coule entre deux rangs d'arbres.
Ailleurs encore, au
tombeau de Rekhmirî, les
arbres sont couchés proprement
le long des quatre
rives, et le profil d'une barque
et d'un mort, hâlés par
des profils d'esclaves, se
promènent naïvement sur
l'étang vu de face (Fig.171).
Les hypogées thébains de
l'époque des Ramessides fournissent aisément chacun
plusieurs exemples d'artifices nouveaux et, quand on
les a relevés, on finit par ne plus savoir ce qu'on doit
admirer le plus, l'obstination des Égyptiens à ne pas
trouver les lois naturelles de la perspective, ou la fécondité
d'esprit dont ils ont fait preuve pour inventer tant
de relations fausses entre les objets.
Appliqués à de vastes étendues, leurs procédés de
composition choquent moins qu'ils ne font à des sujets
de petites dimensions. On sent d'instinct que l'artiste le
plus habile n'aurait pu se garder de tricher quelquefois
avec la perspective, s'il avait eu à couvrir les surfaces immenses des pylônes, et cela rend l'oeil plus indulgent.
Aussi bien les motifs qu'on donnait à traiter dans d'aussi
grands cadres n'offrent jamais une unité rigoureuse.
Assujettis que les gens étaient à perpétuer le souvenir
victorieux d'un Pharaon, Pharaon joue nécessairement
chez eux le premier rôle; mais, au lieu de choisir parmi
ses hauts faits
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un épisode dominant, le plus propre à
mettre sa grandeur en lumière, ils prenaient plaisir à
juxtaposer tous les moments successifs de ses campagnes.
Attaque de nuit du camp égyptien par une
bande d'Asiatiques, envoi par le prince de Khiti d'espions
destinés à donner le change sur ses intentions,
la maison militaire du roi surprise et enfoncée par les
chariots hittites, la bataille de
Qodshou et ses péripéties,
les pylônes de Louxor et du Ramesséum portent comme un bulletin illustré de la campagne de Ramsès
II contre les Syriens en l'an V de son règne: ainsi
les peintres des premières écoles italiennes déroulaient,
dans le même milieu, d'une suite non interrompue, les
épisodes d'une même histoire. Les scènes sont répandues irrégulièrement sur la muraille, sans séparation
matérielle, et l'on est exposé parfois, comme pour les
bas-reliefs de la colonne Trajane, à mal couper les
groupes et à brouiller les personnages. Cette manière
de procéder est réservée presque exclusivement à l'art
officiel. A l'intérieur des temples et dans les tombeaux,
les parties diverses d'un même tableau sont distribuées
en registres, qui montent et s'étagent du soubassement à la corniche. C'est une difficulté de plus ajoutée à
celles qui nous empêchent de comprendre les intentions
et la manière des dessinateurs égyptiens; nous
nous imaginons souvent voir des sujets isolés, quand
nous avons devant les yeux les membres disjoints de
ce qui n'était pour eux qu'une même composition.
Prenez une des parois du tombeau de Phtahhotpou à
Saqqarah (Fig.172). Si vous désirez saisir le lien qui
en rattache les parties, comparez-la à un monument
d'époque gréco-romaine, la mosaïque de Palestrine,
qui représente à peu près les mêmes scènes, mais
groupées d'une façon plus conforme à nos habitudes
d'oeil et d'esprit (Fig.173). Le Nil baigne le bas du
tableau et s'étale jusqu'au pied des montagnes. Des
villes sortent de l'eau, des obélisques, des fermes, des
tours de style gréco-italien, plus semblables aux fabriques
des paysages pompéiens qu'aux monuments des
Pharaons; seul, le grand temple situé au second plan,
sur la droite, et vers lequel se dirigent deux voyageurs,
est précédé d'un pylône, auquel sont adossés quatre
colosses osiriens, et rappelle l'ordonnance générale de
l'architecture égyptienne. A gauche, des chasseurs, portés
sur une grosse barque, poursuivent l'hippopotame et le crocodile à coups de harpon. A droite, une compagnie
de légionnaires, massée devant un temple et précédée
d'un prêtre, paraît saluer au passage une galère
qui file à toutes rames le long du rivage. Au centre, des hommes et
des femmes à moitié nues chantent et boivent,
à l'abri d'un berceau sous lequel coule un bras du Nil.
Des canots en papyrus montés d'un seul homme, des
bateaux de formes diverses comblent les vides de la composition.
Le désert commence derrière la ligne des édifices,
et l'eau forme de larges flaques que surplombent
des collines abruptes. Des animaux réels ou fantastiques,
poursuivis par des bandes d'archers à tête rase, occupent
la partie supérieure du tableau. De même que le mosaïste
romain, le vieil artiste égyptien s'est placé sur le
Nil et a reproduit tout ce qui se passait entre lui et
l'extrême horizon. Au bas de la paroi, le fleuve coule
à pleins bords, les bateaux vont et viennent, les matelots
échangent des coups de gaffe. Au-dessus, la berge
et les terrains qui avoisinent le fleuve: une bande
d'esclaves, cachés dans les herbes, chassent à l'oiseau.
Au-dessus encore, on fabrique des canots, on tresse la
corde, on ouvre et on sale des poissons. Enfin, sous la
corniche, les collines nues et les plaines ondulées du
désert, où des lévriers forcent la gazelle, où des chasseurs
court-vêtus lassent le gibier. Chaque registre
répond à un des plans du paysage; seulement l'artiste,
au lieu de mettre les plans en perspective, les a séparés
et superposés. Partout dans les tombeaux on retrouve
la même disposition: des scènes d'inondation et de
vie civile au bas des murailles, dans le haut, la montagne
et la chasse. Parfois le dessinateur a intercalé entre
deux des pâtres, des laboureurs, des gens de métier;
parfois il fait succéder brusquement la région des
sables à la région des eaux et supprime l'intermédiaire.
La mosaïque de Palestrine et les parois des tombeaux pharaoniques reproduisent donc un même ensemble de
sujets, traités d'après les conventions et les procédés de
deux arts différents. Comme la mosaïque, les parois
des tombeaux forment, non pas une suite de scènes indépendantes,
mais une composition réglée, dont ceux qui
savent lire la langue artistique de l'époque démêlent
aisément l'unité.
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- 2. Les procédés techniques
- 3. Les oeuvres
Egypte - L'archeologie egyptienne
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