Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 2 : L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
- 1. Matériaux et éléments de construction
- 2. Le temple
- 3. La décoration
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La tradition antique affirmait que les premiers temples
égyptiens ne renfermaient aucune image sculptée, aucune inscription, aucun symbole, et de fait le temple
du Sphinx est nu. C'est là toutefois un exemple unique.
Les fragments d'architrave et de parois employés comme
matériaux dans la pyramide septentrionale de Lisht, et
qui portent le nom de Khâfrî, montrent qu'il n'en était
déjà plus ainsi dès le temps de la IVe dynastie. A l'époque
thébaine, toutes les surfaces lisses, pylônes, parements
des murs, fûts des colonnes, étaient couvertes de tableaux
et de légendes. Sous les Ptolémées et sous les
Césars, lettres et figures étaient tellement pressées,
qu'il semble que la pierre disparaisse sous la masse des
ornements dont elle est chargée. Un coup d'oeil rapide
suffit à montrer que les scènes ne sont pas jetées au hasard.
Elles s'enchaînent, se déduisent les unes des autres
et forment comme un grand livre mystique, où les
relations officielles des dieux avec l'homme et de
l'homme avec les dieux sont clairement expliquées à
qui sait le comprendre. Le temple était bâti à l'image
du monde, tel que les Egyptiens le connaissaient. La
terre était pour eux une sorte de table plate et mince,
plus longue que large. Le ciel s'étendait au-dessus,
semblable, selon les uns, à un immense plafond de fer,
selon les autres, à une voûte surbaissée. Comme il ne
pouvait rester suspendu sans être appuyé de quelque
support qui l'empêchât de tomber, on avait imaginé de
le maintenir en place au moyen de quatre étais ou de
quatre piliers gigantesques. Le dallage du temple représentait
naturellement la terre. Les colonnes et, au
besoin, les quatre angles des chambres figuraient les
piliers. Le toit, voûté à Abydos, plat partout ailleurs,
répondait exactement à l'opinion qu'on se faisait du ciel. Chaque partie recevait une décoration appropriée
à sa signification. Ce qui touchait au sol se revêtait
de végétation. La base des colonnes était entourée
de feuilles, le pied des murs se garnissait de longues
tiges de lotus ou de papyrus (Fig.98), au milieu desquelles
passaient quelquefois des animaux. Des bouquets
de plantes fluviales, émergeant de l'eau (Fig.94),
égayaient les soubassements de certaines chambres.
Ailleurs, c'étaient
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des fleurs épanouies, entremêlées de boutons isolés (Fig.95) ou reliées par des cordes
(Fig.96), des emblèmes indiquant la réunion des
deux Égyptes entre les mains d'un seul Pharaon
(Fig.97), des oiseaux à bras d'hommes assis en adoration
sur le signe des fêtes solennelles, ou des prisonniers
accroupis et liés au poteau deux à deux, un
nègre avec un Asiatique
(Fig.98). Des Nils mâles
et femelles s'agenouillaient
(Fig.99), ou s'avançaient
majestueusement
en procession, au ras de
terre, les mains chargées
de fleurs et de fruits. Ce
sont les nomes de l'Égypte,
les lacs, les districts qui apportent leurs produits
au dieu. Une fois même, à Karnak, Thoutmos III
a gravé sur le soubassement les fleurs, les plantes et
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animaux des pays étrangers qu'il avait vaincus
(Fig.100). Le plafond, peint en bleu, était semé d'étoiles
jaunes à cinq branches, auxquelles se mêlent par endroits les cartouches du roi fondateur. De longues
bandes d'hiéroglyphes rompaient d'espace en espace la
monotonie de ce ciel d'Égypte.
Les vautours de Nekhab
et d'Ouazit, les déesses du midi et du nord, couronnés
et armés d'emblèmes divins (Fig.101), planent
dans la travée centrale des salles hypostyles, dans les
soffites des portes, par-dessus la route que le roi suivait
pour se rendre au sanctuaire.
Au Ramesséum, à
Edfou, à Philae, à Dendérah, à Ombos, à Esnéh, les
profondeurs du firmament semblent s'ouvrir et révéler leurs habitants aux yeux des fidèles. L'Océan céleste
déroule ses eaux, où le soleil et la lune naviguent, escortés
des planètes, des constellations et des décans, où
les génies des mois et des jours marchent en longues
files. A l'époque ptolémaïque, des zodiaques, composés
à l'imitation des zodiaques grecs, se placent à côté des
tableaux astronomiques d'origine purement égyptienne
(Fig.102). La décoration des architraves qui portaient
les dalles de la couverture était complètement indépendante
de celle de la couverture proprement dite.
On n'y voyait que des légendes hiéroglyphiques en
gros caractères, où les beautés du temple, le nom des
rois qui y avaient travaillé, la gloire des dieux auxquels
il était consacré, sont célébrés avec emphase. En
résumé, l'ornementation du soubassement et celle du
plafond étaient restreintes à un petit nombre de sujets
toujours les mêmes; les tableaux les plus importants et
les plus variés étaient comme suspendus entre ciel et
terre, à la paroi des chambres et des pylônes.
Ils illustrent les rapports officiels de l'Égypte avec
les dieux. Les gens du commun n'avaient pas le droit
de commercer directement avec la divinité. Il leur fallait
un médiateur qui, tenant à la fois de la nature humaine
et de la nature divine, fût en état de les percevoir
également l'une et l'autre. Seul, le roi, fils du soleil,
était d'assez haute extraction pour contempler le dieu
du temple, le servir et lui parler face à face. Les sacrifices
ne se faisaient que par lui ou par délégation de
lui; même l'offrande aux morts était censée passer par
ses mains, et la famille se prévalait de son nom (souten
di hotpou) pour l'envoyer dans l'autre monde. Le roi est donc partout dans le temple, debout, assis, agenouillé,
occupé à égorger la victime, à en présenter les
morceaux, à verser le vin, le lait, l'huile, à brûler l'encens:
c'est l'humanité entière qui agit en lui et accomplit
ses devoirs envers la divinité. Lorsque la cérémonie
qu'il exécute exige le concours de plusieurs personnes,
alors seulement des aides mortels, autant que possible
des membres de sa famille, paraissent à ses côtés. La
reine,
debout derrière lui, comme Isis derrière Osiris, lève la main pour le protéger, agite le sistre ou bat le
tambourin pour éloigner de lui les mauvais esprits,
tient le bouquet ou le vase à libation. Le fils aîné tend
le filet ou lasse le taureau, et récite la prière pour lui,
tandis qu'il lève vers le dieu chaque objet prescrit par
le rituel. Un prêtre remplace parfois le prince, mais
les autres hommes n'ont jamais que des rôles infimes:
ils sont bouchers ou servants, ils portent la barque ou
le palanquin du dieu. Le dieu, de son côté, n'est pas
toujours seul; il a sa femme et son fils à côté de lui,
puis les dieux des nomes voisins et, d'une manière générale,
les dieux de l'Égypte entière. Du moment que le
temple est l'image du monde, il doit comme le monde
même renfermer tous les dieux grands et petits. Ils
sont le plus souvent rangés derrière le dieu principal,
assis ou debout, et partagent avec lui l'hommage du
souverain. Quelquefois cependant, ils prennent une
part active aux cérémonies. Les esprits d'On et de
Khonou s'agenouillent devant le soleil et l'acclament.
Hor et Sit ou Thot amènent Pharaon à son père
Amon-Râ, ou remplissent à côté de lui les fonctions
réservées ailleurs au prince ou au prêtre: ils l'aident à
renverser la victime, à prendre dans le filet les oiseaux
destinés au sacrifice, ils versent sur sa tête l'eau de
jeunesse et de vie qui doit le laver de ses souillures. La
place et la fonction de ces dieux synèdres était définie
strictement par la théologie. Le soleil, allant d'Orient
en Occident, coupait, disent les textes, l'univers en deux
mondes, celui du midi et celui du nord. Le temple
était double comme l'univers, et une ligne idéale, passant
par l'axe du sanctuaire, le divisait en deux temples, le temple du midi à droite, le temple du nord à gauche.
Les dieux et leurs différentes formes étaient répartis
entre ces deux temples, selon qu'ils appartenaient au
midi ou au nord. Et cette fiction de dualité était poussée
plus loin encore: chaque chambre se divisait, à l'imitation
du temple, en deux moitiés dont l'une, celle de
droite, était du midi et l'autre était du nord. L'hommage
du roi, pour être complet, devait se faire dans
le temple du midi et dans celui du nord, aux dieux du
midi et à ceux du nord, avec les produits du midi et
avec ceux du nord. Chaque tableau devait donc se répéter
au moins deux fois dans le temple, sur une paroi
de droite et sur une paroi de gauche. Amon, à droite,
recevait le blé, le vin, les liqueurs du midi; à gauche,
le blé, le vin, les liqueurs du nord, et ce qui est vrai
d'Amon l'est de Mout, de Khonsou, de Montou, de
bien d'autres. Dans la pratique, le manque d'espace
empêchait qu'il en fût toujours ainsi, et on ne rencontre
souvent qu'un seul tableau où produits du nord et produits
du midi étaient confondus, devant un Amon qui
représentait à lui seul l'Amon du midi et l'Amon du
nord. Cette dérogation à l'usage n'est jamais que momentanée:
la symétrie se rétablissait dès que le permettaient
les circonstances.
Aux temps pharaoniques, les tableaux ne sont pas
très serrés l'un contre l'autre. La surface à couvrir,
arrêtée en bas par une ligne tracée au-dessus de la décoration
du soubassement, est limitée vers le haut, soit
par la corniche normale, soit par une frise composée
d'uraeus, de faisceaux de lotus alignés côte à côte,
de cartouches royaux (Fig.103), entourés de symboles divins, d'emblèmes
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empruntés au culte local, des têtes
d'Hathor, par exemple, dans un temple d'Hathor, ou
d'une dédicace horizontale en belles lettres gravées
profondément. Le panneau ainsi encadré ne formait
souvent qu'un seul registre, souvent aussi se divisait
en deux registres superposés; il fallait une muraille
bien haute pour que ce
nombre fût dépassé. Figures
et légendes étaient espacées
largement et les scènes
se succédaient à la file presque
sans séparation
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matérielle;
c'était affaire au spectateur d'en discerner le
commencement et la fin. Les têtes du roi étalent de véritables
portraits dessinés d'après nature, et la figure des
dieux en reproduisait les traits aussi exactement que
possible. Puisque Pharaon était fils des dieux, la façon
la plus sûre d'obtenir la ressemblance était de modeler
leur visage sur le visage de Pharaon. Les acteurs secondaires
n'étaient pas moins soignés que les autres, mais
quand il y en avait trop, on les distribuait sur deux ou
trois registres, dont la hauteur totale ne dépasse jamais
celle des personnages principaux. Les offrandes, les
sceptres, les bijoux, les vêtements, les coiffures, les meubles,
tous les accessoires étaient traités avec un souci très
réel de l'élégance et de la vérité. Les couleurs, enfin,
étaient combinées de telle façon qu'une tonalité générale
dominât dans une même localité. Il y avait dans les
temples des pièces qu'on pouvait appeler à juste titre:
la salle bleue, la salle rouge, la salle d'or.
Voilà pour
l'époque classique. A mesure qu'on descend vers les bas temps, les scènes se multiplient. Sous les Grecs et
sous les Romains, elles sont si nombreuses que la plus petite muraille ne peut les contenir à moins de quatre
(Fig.104), cinq, six, huit registres. Les figures principales
semblent se contracter sur elles-mêmes pour occuper
moins de place, et des milliers de menus hiéroglyphes
envahissent tout l'espace qu'elles ne remplissent pas.
Les dieux et les rois ne sont plus des portraits du souverain
régnant, mais des types de convention sans
vigueur et sans vie. Quant aux figures secondaires et
aux accessoires, on n'a plus qu'un souci, c'est de
les entasser aussi serré que possible. Ce n'est pas là
faute de goût; une idée religieuse a décidé et précipité
ces changements. La décoration n'avait pas seulement
pour objet le plaisir des yeux. Qu'on l'appliquât
à un meuble, à un cercueil, à une maison, à un
temple, elle possédait une vertu magique, dont chaque
être ou chaque action représentée, chaque parole
inscrite ou prononcée au moment de la consécration,
déterminait la puissance et le caractère. Chaque tableau
était donc une amulette en même temps qu'un ornement.
Tant qu'il durait, il assurait au dieu le bénéfice
de l'hommage rendu ou du sacrifice accompli par le
roi; il confirmait au roi, vivant ou mort, les grâces que
le dieu lui avait accordées en récompense, il préservait
contre la destruction le pan de mur sur lequel il était
tracé. A la XVIIIe dynastie, on pensait qu'une ou deux
amulettes de ce genre suffisaient à obtenir l'effet qu'on
en attendait. Plus tard, on crut qu'on ne saurait trop
en augmenter la quantité, et on en mit autant que la
muraille pouvait en recevoir. Une chambre moyenne
d'Edfou et de Dendérah fournit à l'étude plus de matériaux
que la salle hypostyle de Karnak, et la chapelle
d'Antonin à Philae, si elle avait été terminée, renfermerait
autant de scènes que le sanctuaire de Louxor et
le couloir qui l'enveloppe.
En voyant la variété des sujets traités sur les murs
d'un même temple, on est d'abord tenté de croire que la
décoration ne forme pas un ensemble suivi d'un bout
à l'autre, et que, si plusieurs séries sont, à n'en pas
douter, le développement d'une seule idée historique
ou dogmatique, d'autres sont jetées simplement à la
file, sans aucun lien qui les rattache entre elles.
A Louxor et au Ramesséum, chaque face de pylône est
un champ de bataille, sur lequel on peut étudier presque
jour à jour la lutte de Ramsès II contre les Khiti, en
l'an V de son règne, le camp des Égyptiens attaqué de
nuit, la maison du roi surprise pendant la marche, la
défaite des barbares, leur fuite, la garnison de Qodshou
sortie au secours des vaincus, les mésaventures du
prince de Khiti et de ses généraux. Ailleurs la guerre
n'est point représentée, mais le sacrifice humain qui
marquait jadis la fin de chaque campagne: le roi saisit
aux cheveux les prisonniers prosternés à ses pieds, et
lève la massue comme pour écraser leurs têtes d'un
seul coup. A Karnak, le long du mur extérieur, Séti Ier
fait la chasse aux Bédouins du Sinaï. Ramsès III, à
Médinét-Habou, détruit la flotte des peuples de la mer,
ou reçoit les mains coupées des Libyens que ses soldats
lui apportent en guise de trophées. Puis, sans transition,
on aperçoit un tableau pacifique, où Pharaon
verse à son père Amon une libation d'eau parfumée.
Il semble qu'on ne puisse établir aucun lien entre ces
scènes, et pourtant l'une est la conséquence nécessaire des autres. Si le dieu n'avait pas donné la victoire au
roi, le roi à son tour n'aurait pas institué les cérémonies
qui s'accomplissaient dans le temple. Le sculpteur
a transporté les événements sur la muraille, dans l'ordre
où ils s'étaient passés, la victoire, puis le sacrifice, le
bienfait du dieu d'abord et les actions de grâces du roi.
A y regarder de près, tout se suit, tout s'enchaîne de la
même manière dans cette multitude d'épisodes. Tous
les tableaux, et ceux-là dont la présence s'explique le
moins au premier coup d'oeil, représentent les moments
d'une action unique, qui commence à la porte et se déroule,
à travers les salles, jusqu'au fond du sanctuaire.
Le roi entre au temple. Dans les cours, le souvenir de
ses victoires frappe partout ses regards; mais voici que
le dieu sort à sa rencontre, caché dans une châsse et
environné de prêtres. Les rites prescrits en pareil cas
sont retracés sur les murs de l'hypostyle où ils s'exécutaient,
puis roi et dieu prennent ensemble le chemin
du sanctuaire. Arrivés à la porte qui donne accès de
la partie publique dans la partie mystérieuse du
temple, le cortège humain s'arrête, et le roi, franchissant
le seuil, est accueilli par les dieux. Il fait l'un
après l'autre tous les exercices religieux auxquels
l'oblige la coutume; ses mérites s'accroissent par la
vertu des prières, ses sens s'affinent, il prend place
parmi les types divins, et pénètre enfin dans le sanctuaire,
ou le dieu se révèle à lui sans témoin et lui parle
face à face. La décoration reproduit fidèlement le progrès
de cette présentation mystique: accueil bienveillant
des divinités, gestes et offrandes du roi, les vêtements
qu'il dépouille ou revêt successivement, les couronnes dont il se coiffe, les prières qu'il récite et les
grâces qui lui sont conférées, tout est gravé sur les murs
en ses lieu et place. Le roi et les rares personnes qui
l'accompagnent ont le dos tourné à la porte d'entrée, la
face tournée à la porte du fond. Les dieux au contraire,
ceux du moins qui ne font point partie pour le moment
de l'escorte royale, ont la face à la porte, le dos au
sanctuaire. Si, au cours d'une cérémonie, le roi officiant
venait à manquer de mémoire, il n'avait qu'à lever les
yeux vers la muraille pour y trouver ce qu'il devait
faire.
Et ce n'est pas tout: chaque partie du temple avait
son décor accessoire et son mobilier. La face extérieure
des pylônes était garnie, non seulement des mâts à banderoles
dont j'ai déjà parlé, mais de statues et d'obélisques.
Les statues, au nombre de quatre ou de six, étaient
en calcaire, en granit ou en grès. Elles représentaient toujours
le roi fondateur et atteignaient parfois une taille
prodigieuse. Les deux Memnon qui siégeaient à l'entrée
de la chapelle d'Amenhotpou III, à Thèbes, mesurent
environ seize mètres de haut. Le Ramsès II du Ramesséum
a dix-sept mètres et demi, celui de Tanis vingt
mètres au moins. Le plus grand nombre ne dépassait
pas six mètres. Elles montaient la garde en avant du
temple, la face au dehors, comme pour faire front à
l'ennemi. Les obélisques de Karnak sont presque tous
perdus au milieu des cours intérieures; même ceux de
la reine Hatshopsitou ont été encastrés, jusqu'à cinq
mètres au-dessus du sol, dans des massifs de maçonnerie
qui en cachaient la base. Ce sont là des accidents faciles
à expliquer. Chacun des pylônes qu'ils précèdent a été tour à tour la façade du temple, et ne
s'est trouvé relégué aux derniers
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plans
que par les travaux successifs des Pharaons.
La place réelle des obélisques
est en avant des colosses, de chaque
côté de la porte; ils ne vont jamais
que par paire, de hauteur souvent
inégale. On a prétendu reconnaître en
eux l'emblème d'Amon-Générateur, un
doigt de dieu, l'image d'un rayon de
soleil. A dire le vrai, ils ne sont que la
forme régularisée de ces pierres levées,
qu'on plantait en commémoration des
dieux et des morts chez les peuples
à demi sauvages. Les tombes de la
IVe dynastie en renferment déjà, qui
n'ont guère plus d'un mètre, et sont
placés à droite et à gauche de la stèle,
c'est-à-dire de la porte qui conduit au
logis du défunt; ils sont en calcaire
et ne nous apprennent qu'un nom et
des titres. A la porte des temples, ils
sont en granit et prennent des dimensions
considérables, 20m,75 à Héliopolis
(Fig.105), 23m,59 et 23m,03 à
Louxor. Le plus élevé de ceux que l'on
possède aujourd'hui, celui de la reine
Hatshopsitou à Karnak, monte jusqu'à
33m,20. Faire voyager des masses pareilles
et les calibrer exactement était
déjà chose difficile, et l'on a peine à comprendre comment les Égyptiens réussissaient à les dresser rien
qu'avec des cordes et des caissons de sable. La reine
Hatshopsitou se vante d'avoir taillé, transporté, érigé les
siens en sept mois, et nous n'avons aucune raison de
douter de sa parole. Les obélisques étaient presque
tous établis sur plan carré, avec les faces légèrement
convexes et une pente insensible de haut en bas. La
base était d'un seul bloc carré, orné de légendes ou
de cynocéphales en ronde bosse, adorant le soleil. La
pointe était coupée en pyramidion et revêtue, par exception,
de bronze ou de cuivre doré. Des scènes d'offrandes
à Râ-Harmakhis, Hor, Atoum, Amon, sont gravées sur
les pans du pyramidion et s'étagent à la partie supérieure
du prisme; le plus souvent, les quatre faces verticales
n'ont d'autre ornement que des inscriptions en
lignes parallèles consacrées exclusivement à l'éloge du
roi. Voilà l'obélisque ordinaire: on en rencontre çà
et là d'un type différent. Celui de Bégig, au Fayoum
(Fig.106), est sur plan rectangulaire et s'arrondit en pointe
mousse. Une entaille, pratiquée au sommet, prouve qu'il
se terminait par quelque emblème en métal, un épervier
peut-être, comme l'obélisque représenté sur une stèle
votive du Musée de Boulaq. Cette forme, qui dérive ainsi
que la première de la pierre levée, dura jusqu'aux derniers
jours de l'art égyptien: on la signale encore à
Axoum, en pleine Éthiopie, vers le IVe siècle de notre ère,
à une époque où l'on se contentait en Égypte de transporter
les anciens obélisques, sans plus songer à en élever
de nouveaux. Telle était la décoration accessoire du
pylône. Les cours intérieures et les salles hypostyles renfermaient
encore des colosses. Les uns, adossés à la face externe des piliers ou des murs, étaient à demi engagés
dans la maçonnerie et bâtis par
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assise; ils présentaient
le roi, debout, muni des insignes d'Osiris. Les autres,
placés à Louxor sous le péristyle, à Karnak des deux
côtés de la travée centrale, entre chaque colonne, étaient aussi à
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l'image du Pharaon, mais du
Pharaon triomphant et revêtu de son
costume d'apparat. Le droit de consacrer
une statue dans le temple était
avant tout un droit régalien; cependant
le roi permettait quelquefois à
des particuliers d'y dédier leurs statues
à côté des siennes. C'était alors
une grande faveur, et l'inscription de
ces monuments mentionne toujours
qu'ils ont été déposés par la grâce
du roi à la place qu'ils occupent. Si
rarement que ce privilège fût accordé
par le souverain, les statues votives
avaient fini par s'accumuler avec les
siècles, et les cours de certains temples
en étaient remplies. A Karnak, l'enceinte
du sanctuaire était garnie extérieurement
d'une sorte de banc épais,
construit à hauteur d'appui en façon
de socle allongé. C'est là que les statues étaient placées,
le dos au mur. Elles étaient accompagnées chacune
d'un bloc de pierre rectangulaire, muni sur l'un
des côtés d'une saillie creusée en gouttière: c'est ce
que l'on appelle la table d'offrandes (Fig.107). La face
supérieure en est évidée plus ou moins profondément et porte souvent en relief des pains, des cuisses de boeuf,
des vases à libations couchés à plat, et les autres objets
qu'on avait accoutumé de présenter aux morts ou aux
dieux. Celles du roi Amoni-Entouf-Amenemhâït, à
Boulaq, sont des blocs
de plus d'un mètre de
long, en grès rouge, dont
la face supérieure est
chargée de godets creusés
régulièrement; une
offrande particulière répondait
à chaque godet. Un culte était en effet attaché
aux statues, et les tables étaient de véritables autels, sur
lesquels on déposait, pendant le sacrifice, les portions
de la victime, les gâteaux, les fruits, les légumes.
Le sanctuaire et les pièces qui l'environnent contenaient
le matériel du culte. Les
bases d'autel sont, les unes carrées
et un peu massives, les autres polygonales
ou cylindriques; plusieurs
de ces dernières ressemblent assez
à un petit canon pour que les Arabes
leur en donnent le nom. Les plus
anciennes sont de la Ve dynastie; la
plus belle, déposée aujourd'hui à
Boulaq, a été dédiée par Séti Ier. Le seul autel complet
que je connaisse a été découvert à Menshiéh en 1884
(Fig.108). Il est en calcaire blanc, compact, poli comme
le marbre, et a pour pied un cône très allongé, sans
ornement qu'un tore d'environ dix centimètres
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au-dessous
du sommet. Un vaste bassin hémisphérique s'emboîte dans une entaille carrée, qui sert comme de
gueule au canon. Les naos sont de petites chapelles
de pierre ou de bois (Fig.109) où logeait en tout temps
l'esprit, à certaines fêtes, le corps même du dieu. Les
barques sacrées étaient bâties sur le modèle de la bari
dans laquelle le soleil accomplissait sa course journalière.
Un naos s'élevait au milieu, recouvert d'un voile
qui ne permettait pas aux spectateurs de voir ce qu'il
renfermait;
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l'équipage était figuré, chaque dieu à son
poste de manoeuvre, les pilotes d'arrière au gouvernail,
la vigie à l'avant, le roi à genoux, devant la porte du
naos. Nous n'avons trouvé jusqu'à présent aucune des
statues qui servaient aux cérémonies du culte, mais
nous savons l'aspect qu'elles avaient, le rôle qu'elles
jouaient, les matières dont elles étaient composées.
Elles étaient animées et avaient, outre leur corps de
pierre, de métal, ou de bois, une âme enlevée par
magie à l'âme de la divinité qu'elles représentaient.
Elles parlaient, remuaient, agissaient, réellement et
non par métaphore. Les derniers Ramessides n'entreprenaient
rien sans les consulter; ils s'adressaient
à elles, leur exposaient l'affaire, et, après chaque question,
elles approuvaient en secouant la tête. Dans la stèle
de Bakhtan, une statue de Khonsou impose quatre fois
les mains sur la
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nuque d'une autre statue, pour lui
transmettre le pouvoir de chasser les démons. La reine
Hatshopsitou envoya une escadre à la recherche des Pays
de l'Encens, après avoir conversé avec la statue d'Amon
dans l'ombre du sanctuaire.
En théorie, l'âme divine
était censée produire seule des miracles: dans la pratique,
la parole et le mouvement étaient le résultat d'une
fraude pieuse. Avenues interminables de sphinx, obélisques
gigantesques, pylônes massifs, salles aux cent
colonnes, chambres mystérieuses ou le jour ne pénétrait
jamais, le temple égyptien tout entier était bâti pour
servir de cachette à une poupée articulée, dont un prêtre
agitait les fils.
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Egypte - L'archeologie egyptienne
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