Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 2 : L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
- 1. Matériaux et éléments de construction
- 2. Le temple
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La plupart des sanctuaires célèbres, Dendérah,
Edfou, Abydos, avaient été fondés avant Minì par
les serviteurs d'Hor; mais, vieillis ou ruinés au cours
des âges, ils avaient été restaurés, remaniés, reconstruits
l'un après l'autre sur des devis nouveaux. Nul
débris ne nous est resté de l'appareil primitif pour
nous montrer ce que l'architecture égyptienne était à
ses commencements. Les temples funéraires bâtis par
les rois de la IVe dynastie ont laissé plus de traces. Celui de la seconde pyramide, à Gizéh, était assez
bien conservé encore dans les premières années du
XVIIIe siècle, pour que de Maillet y ait vu quatre gros
piliers debout. La destruction est à peu près complète
aujourd'hui; mais cette perte a été compensée, vers 1853, par la découverte d'un temple situé à
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quarante mètres
environ au sud du Sphinx (Fig.71). La façade ne paraît
pas, cachée qu'elle est sous le sable; l'extérieur seul a
été déblayé en partie. Le noyau de la maçonnerie est
en calcaire fin de Tourah. Le revêtement, les piliers,
les architraves, la couverture, étaient en blocs d'albâtre
ou de granit gigantesques.
Le plan est des
plus simples. Au centre (A),
une grande
salle en forme de T,
ornée de seize piliers
carrés, hauts de cinq
mètres; à l'angle nord-ouest,
un couloir
étroit, en plan incliné
(B) par lequel
on pénètre aujourd'hui
dans l'édifice; à
l'angle sud-ouest, un
retrait qui contient six
niches superposées deux à deux (C). Une galerie oblongue
(D), ouverte à chaque extrémité sur un cabinet rectangulaire
enseveli sous les décombres (E, E), complète
cet ensemble. Point de porte monumentale, point de fenêtre,
et le corridor d'entrée était trop long pour amener
la lumière; elle ne pénétrait que par des fentes
obliques ménagées dans la couverture, et dont les
traces sont visibles encore à la crête des
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murs (e, e), de
chaque côté de la pièce principale. Inscriptions, bas-reliefs,
peintures, ce qu'on est habitué à rencontrer partout en Egypte manque là, et pourtant ces murailles
nues produisent sur le spectateur un effet aussi puissant
que les temples les mieux décorés de Thèbes. L'architecte
est arrivé à la grandeur et presque au sublime rien
qu'avec des blocs de granit et d'albâtre ajustés, par la
pureté des lignes et par l'exactitude des proportions.
Quelques ruines éparses en Nubie, au Fayoum, au
Sinaï, ne nous permettent pas de décider si les temples
de la XIIe dynastie méritaient les éloges que leur
prodiguent les inscriptions contemporaines. Ceux des
rois thébains, des Ptolémées, des Césars, subsistent encore,
plusieurs intacts, presque tous faciles à rétablir,
le jour où on les aura étudiés consciencieusement sur le
terrain. Rien de plus varié, au premier abord, que les
dispositions qu'ils présentent: quand on les regarde
de près, ils se ramènent aisément au même type. D'abord,
le sanctuaire. C'est une pièce rectangulaire, petite,
basse, obscure, inaccessible à d'autres qu'aux Pharaons
ou aux prêtres de service. On n'y trouvait ni statue ni
emblème établis à demeure; mais une barque sainte ou
un tabernacle en bois peint posé sur un piédestal, une
niche réservée dans l'épaisseur du mur ou dans un bloc
de pierre isolé, recevaient à certains jours la figure ou
le symbole inanimé du dieu, un animal vivant ou
l'image de l'animal qui lui était consacré. Un temple
pouvait ne renfermer que cette seule pièce et n'en être
pas moins un temple, au même titre que les édifices les
plus compliqués; cependant il était rare, au moins
dans les grandes villes, qu'on se contentât d'attribuer
aux dieux ce strict nécessaire. Des chambres destinées
au matériel de l'offrande ou du sacrifice, aux fleurs, aux parfums, aux étoffes, aux vases précieux, se groupaient
autour de la maison divine; puis on bâtissait, en avant
du massif compact qu'elles formaient, une ou plusieurs
salles à colonnes où les prêtres et les dévots s'assemblaient,
une cour entourée de portiques, où la foule
pénétrait en tout temps, une porte flanquée de deux
tours et précédée de statues ou d'obélisques, une enceinte
de briques, une avenue bordée de sphinx, où les
processions manoeuvraient à l'aise les jours de fête.
Rien n'empêchait un Pharaon d'élever une salle plus
somptueuse en avant de celles que ses prédécesseurs
avaient édifiées, et ce qu'il faisait là, d'autres pouvaient
le faire après lui. Des zones successives de chambres et
de cours, de pylônes et de portiques, s'ajoutaient de
règne en règne au noyau primitif. La vanité ou la piété
aidant, le temple se développait en tous sens, jusqu'à
ce que l'espace ou la richesse manquât pour l'agrandir
encore.
Les temples les plus simples étaient parfois les
plus élégants. C'était le cas pour ceux qu'Amenhotpou
III consacra dans l'île d'Éléphantine, que les
membres de l'expédition française dessinèrent à la fin
du siècle dernier, et que le gouverneur turc d'Assouân
détruisit en 1822. Le mieux conservé, celui du sud
(Fig.72), n'avait qu'une seule chambre en grès, haute
de 4m,25, large de 9m,50, longue de 12 mètres. Les murs,
droits et couronnés de la corniche ordinaire, reposaient
sur un soubassement creux en maçonnerie, élevé de
2m,25 au-dessus du sol, et entouré d'un parapet à hauteur
d'appui. Un portique régnait tout autour. Il était composé,
sur chacun des côtés,
de sept piliers carrés, sans chapiteau ni base, sur chacune des façades, de deux colonnes
à chapiteau lotiforme. Piliers et colonnes s'appuyaient
directement sur le parapet, sauf à l'est, où un
perron de dix ou douze marches, resserré entre deux murs
de même hauteur que le soubassement, donnait accès à
la cella. Les deux colonnes qui encadraient le haut de
l'escalier étaient plus espacées que celles de la face
opposée, et la large baie qu'elles formaient laissait apercevoir
une porte richement décorée. Une seconde porte
ouvrait à l'autre extrémité, sous le portique. Plus tard,
à l'époque romaine, on tira parti de cette ordonnance
pour modifier l'aspect du monument. On remplit les
entre-colonnements du fond et on obtint une salle nouvelle,
grossière et sans ornements, mais suffisante aux
besoins du culte. Les temples d'Eléphantine rappellent
assez exactement le temple périptère des Grecs, et cette
ressemblance avec une des formes de l'architecture
classique à laquelle nous sommes le plus habitués, explique
peut-être l'admiration sans bornes que les savants
français ressentirent à les voir. Ceux de Méshéïkh, d'El-Kab, de Sharonnah, présentaient une disposition
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plus compliquée. Il y a trois pièces à El-Kab (Fig.73),
une salle à quatre colonnes (A), une chambre (B), soutenue
par quatre piliers hathoriques, et dans la muraille
du fond, en face de
la porte, une niche (C) à
laquelle on montait par
quatre marches. Le modèle
le plus complet qui
nous soit parvenu de ces
oratoires de petite ville
appartient à l'époque ptolémaïque:
c'est le temple
d'Hathor, à Déir-el-Médinét
(Fig.74). Il est deux
fois plus long qu'il n'est
large. Les faces en sont
inclinées et nues à l'extérieur,
la porte exceptée,
dont le cadre en saillie est
chargé de tableaux finement
sculptés. L'intérieur
est divisé en trois parties:
un portique (B) de deux colonnes campaniformes, un
pronaos (C), auquel on arrive par un escalier de quatre
marches, et qui est séparé du portique par un mur à
hauteur d'homme, tracé entre deux colonnes campaniformes
et deux piliers d'antes à chapiteaux hathoriques;
enfin, le sanctuaire (D), flanqué de deux cellules (E, E)
éclairées par des lucarnes carrées, pratiquées dans le
toit. On monte à la terrasse par un escalier (F) fort ingénieusement relégué dans l'angle sud du portique,
et muni d'une jolie fenêtre à claire-voie. Ce n'est qu'un
temple en miniature, mais les membres en sont si bien
proportionnés dans leur petitesse qu'on ne saurait rien
concevoir de plus fin et de plus gracieux.
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On n'est point tenté d'en dire autant du temple que
les Pharaons de la XXe dynastie
construisirent au
sud de Karnak, en l'honneur
du dieu Khonsou
(Fig.75); mais si le style
n'en est pas irréprochable,
le plan en est si clair qu'on
est porté à le prendre pour
type du temple égyptien,
de préférence à d'autres
monuments plus élégants
ou plus majestueux. Il se
résout, à l'analyse, en deux
parties séparées par un
mur épais (A, A). Au centre de la plus petite, le Saint
des Saints (B), ouvert aux deux extrémités et entièrement
isolé du reste de l'édifice par un couloir (C)
large de 3 mètres; à droite et à gauche, des cabinets
obscurs (D, D); par derrière, une halle à quatre colonnes
(E), où débouchent sept autres pièces (F, F).
C'était la maison du dieu. Elle ne communiquait avec
le dehors que par deux portes (G, G), percées dans le
mur méridional (A, A), et qui donnaient sur une
salle hypostyle (H) plus large que longue, divisée
en trois nefs. La nef centrale repose sur quatre colonnes campaniformes de 7 mètres
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de haut; les latérales
ne renferment chacune que deux colonnes lotiformes
de 5m,50; le plafond de la travée médiale est
donc plus élevé de 1m,50 que celui des bas côtés.
On en profita pour régler l'éclairage:
l'intervalle entre la terrasse
inférieure et la supérieure fut
garni de claires-voies en pierre
qui laissaient filtrer la lumière.
La cour (I) était carrée, bordée
d'un portique à deux rangs de
colonnes. On y avait accès par
quatre poternes latérales (J, J) et
par un portail monumental, pris
entre deux tours quadrangulaires
à pans inclinés. Ce pylône (K)
mesure 32 mètres de long, 10 de
large, 18 de haut. Il ne contient
aucune chambre, mais un escalier
étroit, qui monte droit au
couronnement de la porte, et de
là, au sommet des tours. Quatre longues cavités prismatiques
rayent la façade jusqu'au tiers de la hauteur,
correspondant à autant de trous carrés qui traversent
l'épaisseur de la construction. On y plantait de grands
mâts en bois, formés de poutres entrées l'une sur l'autre,
consolidées d'espace en espace par des espèces d'agrafes
et saisies par des charpentes engagées dans les trous
carrés: de longues banderoles de diverses couleurs
flottaient au sommet (Fig.76). Tel était le temple de
Khonsou; telles sont, dans leurs lignes principales, la plupart des grands monuments d'époque thébaine ou
ptolémaïque, Louxor, le Ramesséum, Médinét-Habou,
Philae, Edfou, Dendérah.
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Même ruinés à demi, l'aspect
en a quelque chose d'étouffé et d'inquiétant. Comme
les dieux égyptiens aimaient à s'envelopper de mystère,
le plan est conçu de manière
à ménager insensiblement
la transition entre
le plein soleil du monde
extérieur et l'obscurité de
leur retraite. A l'entrée,
ce sont encore de vastes
espaces où l'air et la lumière
descendent librement.
La salle hypostyle
est déjà noyée dans un
demi-jour discret, le sanctuaire
est plus qu'à moitié perdu sous un vague crépuscule,
et au fond, dans les dernières salles, la nuit
règne presque complète. L'effet de lointain que produit
à l'oeil cette dégradation successive de la lumière
était augmenté par divers artifices de construction.
Toutes les parties ne sont pas de plain-pied. Le sol se
relève à mesure qu'on s'éloigne de l'entrée (Fig.77), et il
faut toujours enjamber quelques marches pour
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passer d'un plan à l'autre. La différence de niveau ne dépasse
pas 1m,60 au temple de Khonsou, mais elle se combine
avec un mouvement de descente de la toiture, qui est
d'ordinaire accentué vigoureusement. Du pylône au
mur de fond, la hauteur décroît progressivement: le
péristyle est plus élevé que l'hypostyle, celui-ci domine
le sanctuaire, la salle à colonnes et la dernière chambre sont
de moins en moins hautes. Les architectes
de l'époque ptolémaïque ont changé certains détails
d'arrangement. Ils ont creusé dans les murs des
couloirs secrets et des cryptes où cacher les trésors
du Dieu (Fig.78). Ils ont placé des chapelles et
des reposoirs sur les terrasses. Ils n'ont introduit au
plan primitif que deux modifications importantes. Le
sanctuaire avait jadis deux portes opposées, ils ne lui
en ont laissé qu'une. La colonnade qui garnissait le
fond de la cour ou la façade
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du temple, quand la cour n'existait pas, est devenue une chambre nouvelle, le
pronaos. Les colonnes de la rangée extérieure subsistent,
mais reliées, jusqu'à mi-hauteur environ, par
un mur couronné d'une corniche, qui forme écran et
empêchait la foule d'apercevoir
ce qui se passait au
delà (Fig.79). La salle est soutenue
par deux, trois ou même
quatre rangs de colonnes, selon
la grandeur de l'édifice
qui s'étend derrière elle.
Pour le reste, comparez le
plan du temple d'Edfou
(Fig.80) à celui du temple
de Khonsou, et vous verrez
combien peu ils diffèrent l'un
de l'autre.
Ainsi conçu, l'édifice suffisait
à tous les besoins du
culte. Lorsqu'on voulait l'accroître,
on ne s'attaquait
pas d'ordinaire au sanctuaire
ni aux chambres qui l'entouraient, mais bien aux
parties d'apparat, hypostyles, cours ou pylônes. Rien
n'est plus propre que l'histoire du grand temple de
Karnak à illustrer le procédé des Égyptiens en pareille
circonstance. Osirtasen Ier l'avait fondé, probablement
sur le site d'un temple plus ancien (Fig.81). C'était un
édifice de petites dimensions, construit en calcaire et
en grès avec portes en granit: des piliers à seize
pans unis en décoraient l'intérieur. Amenemhat II et III y travaillèrent, les princes de la XIIIe et de la
XIVe dynastie y consacrèrent des statues et des tables
d'offrandes; il était encore intact au XVIIIe siècle avant
notre ère, lorsque Thoutmos Ier, enrichi par la
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guerre,
résolut de l'agrandir. Il éleva
en avant de ce qui existait
déjà deux chambres, précédées
d'une cour et flanquées de chapelles
isolées, puis trois pylônes
échelonnés l'un derrière
l'autre.
Le tout présentait l'aspect
d'un vaste rectangle posé
debout sur un autre rectangle
allongé en travers. Thoutmos
II et Hatshopsitou couvrirent
de bas-reliefs les murs que leur père avait
bâtis, mais n'ajoutèrent rien; seulement, la régente,
pour amener ses obélisques entre deux des pylônes,
pratiqua une brèche dans le mur méridional et abattit
seize des colonnes qui se trouvaient en cet endroit.
Thoutmos III reprit d'abord certaines parties qui lui
paraissaient sans doute indignes de son
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dieu, le double sanctuaire qu'il relit en granit de Syène, le premier
pylône. Il réédifia, à l'est, d'anciennes chambres,
dont la plus importante, celle qui porte le nom
de Promenoir, servait de station et de reposoir lors
des processions, enveloppa l'ensemble d'un mur de
pierre, creusa le lac sur lequel on lançait les barques
sacrées les jours de fête; puis, changeant brusquement
de direction, il érigea deux pylônes tournés vers le sud.
Il rompit de la sorte la juste proportion qui avait
existé jusqu'alors entre le corps et la façade: l'enceinte
extérieure devint trop large pour les premiers pylônes
et ne se raccorda plus exactement au dernier. Amenhotpou
III corrigea ce défaut: il éleva un sixième
pylône plus massif, partant, plus propre à servir de
façade. Le temple en fût resté là, qu'il surpassait déjà
tout ce qu'on avait entrepris jusqu'alors de plus audacieux;
les Pharaons de la XIXe dynastie réussirent à
faire mieux encore.
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Ils ne construisirent qu'une salle
hypostyle (Fig.82) et qu'un pylône, mais l'hypostyle
a 50 mètres de long sur 100 de large. Au milieu, une
avenue de douze colonnes à chapiteau campaniforme,
les plus hautes qu'on ait jamais employées à l'intérieur
d'un édifice; dans les bas côtés, 122 colonnes à chapiteau
lotiforme, rangées en quinconce sur neuf files.
Le plafond de la travée centrale était à 23 mètres
au-dessus du sol, et le pylône le dominait d'environ
15 mètres. Trois rois peinèrent pendant un siècle
avant d'amener l'hypostyle à perfection. Ramsès Ier
conçut l'idée, Séti Ier termina le gros oeuvre, Ramsès II
acheva presque entièrement la décoration. Les Pharaons
des dynasties suivantes se disputèrent quelques places vides le long des colonnes, pour y graver leur
nom et participer à la gloire des trois fondateurs, mais
ils n'allèrent pas plus loin. Pourtant le monument,
arrêté à ce point, demeurait incomplet: il lui manquait
un dernier pylône et une cour à portiques. Près de
trois siècles s'écoulèrent
avant qu'on songeât à
reprendre les travaux.
Enfin, les Bubastites se
décidèrent à commencer
les portiques, mais faiblement,
comme il convenait
à leurs faibles ressources.
Un moment,
l'Éthiopien Taharqou
imagina qu'il était de
taille à rivaliser avec
les Pharaons thébains et
devisa une salle hypostyle
plus large que l'ancienne, mais ses mesures étaient
mal prises. Les colonnes de la travée centrale, les
seules qu'il eut le temps d'ériger, étaient trop éloignées
pour qu'on pût y établir la couverture: elles ne portèrent
jamais rien et ne subsistèrent que pour marquer
son impuissance. Enfin les Ptolémées, se conformant à
la tradition des rois indigènes, se mirent à l'ouvrage;
mais les révoltes de Thèbes interrompirent leurs projets,
le tremblement de terre de l'an 27 détruisit une partie
du temple, et le pylône resta à jamais inachevé. L'histoire
de Karnak est celle de tous les grands temples
égyptiens. A l'étudier de près, on comprend la raison des irrégularités qu'ils présentent pour la plupart. Le
plan est partout sensiblement le même, et la croissance
se produit de la même
manière, mais les architectes ne
prévoyaient pas toujours l'importance
que leur oeuvre acquerrait,
et le terrain qu'ils lui
avaient choisi ne se
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prêtait pas
jusqu'au bout au développement
normal. A Louxor (Fig.83), le
progrès marcha méthodiquement
sous Amenhotpou III et sous
Séti Ier; mais, quand Ramsès II
voulut ajouter à ce qu'avaient fait
ses prédécesseurs, un coude secondaire
de la rivière l'obligea
à se rejeter vers l'est. Son pylône
n'est point parallèle à celui
d'Amenhotpou III, et ses portiques
forment un angle marqué
avec l'axe général des constructions
antérieures. A Philae
(Fig.84), la déviation est plus
forte encore. Non seulement
le pylône le plus grand n'est
pas dans l'alignement du plus
petit, mais les deux colonnades
ne sont point parallèles
entre elles et ne se raccordent pas naturellement au
pylône. Ce n'est point là, comme on l'a dit souvent,
négligence ou parti pris. Le plan premier était aussi juste que peut l'exiger le dessinateur le plus entiché
de symétrie; mais il fallait le plier aux exigences du
site, et les architectes n'eurent plus souci dès lors que
de tirer le meilleur
parti des irrégularités
auxquelles la
configuration du
sol les condamnait.
Cette contrainte les
a souvent inspirés:
Philae nous montre
jusqu'à quel point
ils savaient faire de
ce désordre obligé
un élément de
grâce et de pittoresque.
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L'idée du temple-caverne
dut venir
de bonne heure
aux Égyptiens; ils
taillaient la maison
des morts dans
la montagne, pourquoi
n'y auraient-ils
pas taillé la
maison des dieux? Pourtant, les spéos les plus anciens
que nous possédions ne remontent qu'aux premiers
règnes de la XVIIIe dynastie. On les rencontre de préférence
dans les endroits où la bande de terre cultivable
était le moins large, près de Beni-Hassan, au Gebel Silsiléh, en Nubie. Toutes les variantes du temple isolé
se retrouvent dans le souterrain, plus ou moins modifiées
par la nature du milieu.
Le Spéos Artémidos
s'annonce par un portique
à piliers, mais ne renferme
qu'un naos carré avec une
niche de fond pour la statue
de la déesse Pakhit.
Kalaat-Addah présente au
fleuve (Fig.85) une façade
(A) plane, étroite, où l'on
accède par un escalier assez
raide; vient ensuite
une salle hypostyle flanquée de deux réduits (C),
puis un sanctuaire à deux étages superposés (D).
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La chapelle d'Harmhabi (Fig.86), au Gebel Silsiléh,
se compose d'une galerie parallèle au Nil, étayée
de quatre piliers massifs réservés dans la roche vive,
et sur laquelle la chambre débouche à angle droit.
A Ibsamboul, les deux temples sont entièrement
dans la falaise. La face du plus grand (Fig.87) simule
un pylône en talus, couronné d'une corniche, et gardé,
selon l'usage, par quatre colosses assis, accompagnés
de statues plus petites; seulement les colosses ont ici près de 20 mètres.
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Au delà de la porte
s'étend une salle de
40 mètres de long sur
18 de large, qui tient
lieu du péristyle ordinaire.
Huit Osiris, le
dos à autant de piliers,
semblent porter la montagne
sur leur tête. Au
delà, un hypostyle, une
galerie transversale qui
isole le sanctuaire, enfin
le sanctuaire lui-même
entre deux pièces plus petites. Huit cryptes, établies
à un niveau plus bas que celui de l'excavation
principale, se répartissent inégalement à droite et à
gauche du péristyle. Le souterrain entier mesure
55 mètres du seuil au fond du sanctuaire. Le petit
spéos d'Hathor, situé à quelque cent pas vers le nord,
n'offre pas des dimensions aussi considérables; mais
la façade est ornée de colosses debout, dont quatre
représentent Ramsès, et deux sa femme Nofritari. Le
péristyle manque (Fig.88) ainsi que les cryptes, et les
chapelles sont placées aux deux extrémités du couloir
transversal, au lieu d'être parallèles au sanctuaire; en revanche, l'hypostyle a six piliers avec tête d'Hathor.
Où l'espace le
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permettait, on n'a fait entrer qu'une
partie du temple dans le
rocher; les avancées ont
été construites en plein air, de blocs rapportés, et le
spéos devient une moitié
de caverne, un hémi-spéos.
Le péristyle seul à Derr, le
pylône et la cour à Beit-el-Oualli,
le pylône, la cour
rectangulaire, l'hypostyle à
Gerf Hosseïn et à Ouady-es-Seboua, sont au dehors
de la montagne. Le plus célèbre et le plus original des
hémi-spéos est à Déir-el-Bahari. dans la nécropole thébaine,
et fut bâti par la reine Hatshopsitou (Fig.89). Le sanctuaire et les deux chapelles qui l'accompagnent,
selon la coutume, étaient creusés à 30 mètres environ
au-dessus du niveau de la vallée. Pour y atteindre,
on traça des rampes et on étagea des terrasses, dont
l'insuffisance des fouilles entreprises jusqu'à présent
ne permet pas de saisir l'agencement.
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et le temple
isolé, les Égyptiens
avaient encore quelque
chose d'intermédiaire,
le temple
adossé à la montagne,
mais qui n'y
pénètre point. Le
temple du Sphinx à
Gizéh, celui de Séti Ier à Abydos
sont deux bons exemples
du genre. J'ai déjà parlé du
premier; l'aire du second
(Fig.90) a été découpée dans
une bande de sable étroite et
basse qui sépare la plaine du
désert. Il était enterré jusqu'au
toit, la crête des murs sortait à
peine du sol, et l'escalier qui montait aux terrasses
conduisait également au sommet de la colline. L'avant-corps,
qui se détachait en plein relief, n'annonçait rien
d'extraordinaire: deux pylônes, deux cours, un portique
droit à piliers carrés, les bizarreries ne commençaient
qu'au delà. C'étaient d'abord deux hypostyles
au lieu d'un seul. Ils sont séparés par un mur percé de sept portes, n'ont point de nef centrale, et le
sanctuaire donne directement sur le second. C'est,
comme d'ordinaire, une chambre oblongue percée aux
deux extrémités; mais les pièces qui, ailleurs, l'enveloppaient
sans le toucher, sont ici placées côte à côte
sur une même ligne, deux à droite, quatre à gauche;
de plus, elles sont surmontées de voûtes en encorbellement
et ne reçoivent de
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jour que par la porte.
Derrière le sanctuaire, même changement; la salle hypostyle
s'appuie au mur du fond, et ses dépendances
sont distribuées inégalement à droite et à gauche. Et,
comme si ce n'était pas assez, on a construit, sur le
flanc gauche, une cour, des chambres à colonnes, des
couloirs, des réduits obscurs, une aile entière, qui se
détache en équerre du bâtiment principal et n'a pas
de contrepoids sur la droite. L'examen des lieux
explique ces irrégularités. La colline n'est pas large en
cet endroit, et le petit hypostyle en touche presque le
revers. Si on avait suivi le plan normal sans rien y
changer, on l'aurait percée de part en part, et le
temple n'aurait plus eu ce caractère de temple adossé,
que le fondateur avait voulu lui donner. L'architecte
répartit donc en largeur les membres qu'on disposait
d'ordinaire en longueur, et même en rejeta une partie
sur le côté. Quelques années plus tard, quand Ramsès II éleva, à une centaine de mètres vers le nord-ouest,
un monument consacré à sa propre mémoire, il
se garda bien d'agir comme son père. Son temple, assis
au sommet de la colline, eut l'espace nécessaire à
s'étendre librement, et le plan ordinaire s'y déploie
dans toute sa rigueur.
La plupart des temples, même les plus petits, sont
enveloppés d'une enceinte quadrangulaire. A Médinét-Habou,
elle est en grès, basse et crénelée; c'est une
fantaisie de Ramsès III qui, en prêtant à son monument
l'aspect extérieur d'une forteresse, a voulu perpétuer
le souvenir de ses victoires syriennes. Partout
ailleurs, les pertes sont en pierre, les murailles en briques
sèches, à assises tordues. L'enceinte n'était pas
destinée, comme on l'a dit souvent, à isoler le temple
et à dérober aux yeux des profanes les cérémonies qui
s'y accomplissaient. Elle marquait la limite où s'arrêtait
la maison du dieu, et servait au besoin à repousser
les attaques d'un ennemi dont les richesses accumulées
dans le sanctuaire auraient allumé la cupidité. Des
allées de sphinx, ou, comme à Karnak, une suite
de pylônes échelonnés, menaient des portes aux différentes
entrées, et formaient autant de larges voies
triomphales. Le reste du terrain était occupé, en partie
par les étables, les celliers, les greniers des prêtres, en
partie par des habitations privées. De même qu'en Europe,
au moyen âge, la population s'amassait plus
dense autour des églises et des abbayes, en Égypte, elle
se pressait autour des temples, pour profiter de la tranquillité
qu'assuraient au dieu la terreur de son nom et
la solidité de ses remparts. Au début, on avait réservé
un espace vide le long des pylônes et des murs, puis
les maisons envahirent ce chemin de ronde et s'appuyèrent
à la paroi même. Détruites et rebâties sur
place pendant des siècles, le sol s'exhaussa si bien de
leurs débris, que la plupart des temples finirent par
s'enterrer peu à peu et se trouvèrent en contrebas des quartiers environnants. Hérodote le raconte de Bubaste,
et l'examen des lieux montre qu'il en était de même
dans beaucoup d'endroits. A Ombos, à Edfou, à Dendérah,
la cité entière tenait dans la même enceinte que
la maison divine. A El-Kab, l'enceinte du temple
était distincte de celle de la ville; elle
formait une sorte de donjon où la garnison pouvait chercher un dernier
abri. A Memphis, à Thèbes, il y avait autant de donjons
que de temples principaux, et ces forteresses divines,
d'abord isolées au milieu des maisons, furent, à partir
de la XVIIIe dynastie, réunies entre elles par des avenues
bordées de sphinx. C'était le plus souvent des
androsphinx à tête d'homme et au corps de lion, mais
on trouve aussi des criosphinx à corps de lion et à tête
de bélier (Fig.91), ou même, dans les endroits où le
culte local comportait une pareille substitution, des
béliers agenouillés qui tiennent une figure du souverain
dédicateur entre leurs pattes de devant (Fig.92).
L'avenue qui va de Louxor à Karnak était composée
de ces éléments divers. Elle a 2 kilomètres de long et s'infléchit à diverses reprises, mais n'y reconnaissez
pas une preuve nouvelle de l'horreur des Égyptiens
pour la symétrie. Les enceintes des deux temples
n'étaient pas orientées de la même manière, et les avenues
tracées perpendiculairement sur le front de chacune
d'elles ne se seraient jamais raccordées, si on ne
les avait fait dévier de leur direction première. En résumé,
les habitants de Thèbes voyaient de leurs temples
presque tout ce que nous en voyons. Le sanctuaire et
ses dépendances immédiates leur étaient fermés; mais
ils avaient accès à la façade, aux cours, même à la salle
hypostyle, et ils pouvaient admirer les chefs-d'oeuvre
de leurs architectes presque aussi librement que nous
faisons aujourd'hui.
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- 3. La décoration
Egypte - L'archeologie egyptienne
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