Egypte - L'archeologie egyptienne
Chapitre 1 : L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE
- 1. Les Maisons
- 2. Les forteresses
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La plupart des villes et même des bourgs importants
étaient murés. C'était une conséquence presque nécessaire
de la configuration géographique et de la constitution
politique du pays. Contre les Bédouins, il avait fallu
barrer le débouché des gorges qui mènent au désert; les grands seigneurs féodaux avaient fortifié, contre leurs
voisins et contre le roi, la ville où ils résidaient,
et les villages de leur domaine qui commandaient les
défilés des montagnes ou les passes resserrées du fleuve.
Abydos, El-Kab, Semnéh possèdent les forteresses
les plus anciennes. Abydos avait un sanctuaire d'Osiris
et s'élevait à l'entrée d'une des routes qui conduisent
aux Oasis. La renommée du temple y attirait les pèlerins,
la situation de la ville y amenait les marchands,
la prospérité que lui valait l'affluence des uns et des
autres l'exposait aux incursions des Libyens:
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elle a,
aujourd'hui encore, deux forts presque intacts. Le plus
vieux est comme le noyau du monticule que les Arabes
appellent le Kom-es-soultân, mais l'intérieur seul en a été déblayé jusqu'à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol antique;
le tracé extérieur des murs n'a pas été dégagé des décombres
et du sable qui l'entourent. Dans l'état actuel, c'est un parallélogramme en briques
crues de 125 mètres de long sur 68 mètres de large. Le
plus grand axe en est tendu du sud au nord. La porte
principale s'ouvre dans le mur ouest, non loin de l'angle
nord-ouest; mais deux portes de moindre importance paraissent
avoir été ménagées dans le front sud et dans celui de l'est.
Les murailles ont perdu quelque peu de leur élévation; elles
mesurent pourtant de 7 à 11 mètres de haut et sont larges
d'environ 2 mètres au sommet. Elles ne sont pas bâties
d'une seule venue, mais se partagent en grands panneaux
verticaux, facilement reconnaissables à la disposition des matériaux. Dans le premier, tous
les lits de briques sont rigoureusement horizontaux;
dans le second, ils sont légèrement concaves et forment
un arc renversé, très ouvert, dont l'extrados s'appuie
sur le sol; l'alternance des deux procédés se reproduit
régulièrement. La raison de cette disposition est
obscure: on dit que les édifices ainsi construits résistent mieux aux tremblements de terre. Quoi qu'il
en soit, elle est fort ancienne, car, dès la Ve dynastie,
les familles nobles d'Abydos envahirent l'enceinte et
l'emplirent de leurs tombeaux an point de lui enlever
toute valeur stratégique. Une seconde forteresse, édifiée
à quelque cent mètres au sud-est, remplaça celle du
Kom-es-soultân vers la XVIIIe dynastie, mais faillit
avoir le même sort sous les
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Ramessides; la décadence subite
de la ville l'a seule protégée contre l'encombrement.
Les Égyptiens des premiers temps ne possédaient aucun engin capable de faire impression sur des murs
massifs. Ils n'avaient que trois moyens pour enlever de
vive force une place fermée: l'escalade, la sape, le
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bris des portes. Le tracé imposé par leurs ingénieurs au
second fort est des mieux calculés pour résister efficacement
à ces trois attaques (Fig.23). Il se compose de
longs côtés en ligne droite, sans tours ni saillants d'aucune
sorte, mesurant 131m,30 sur les fronts est et ouest,
78 mètres sur les fronts nord et sud. Les fondations
portent directement sur le sable et ne descendent nulle
part plus has que 0m,30. Le mur (Fig.24) est en briques
crues, disposées par assises horizontales; il est
légèrement incliné en arrière, plein, sans archères ni
meurtrières, décoré à l'extérieur de longues rainures
prismatiques, semblables à celles qu'on voit sur les
stèles de l'ancien Empire. Dans l'état actuel, il domine
la plaine de 11 mètres; complet, il ne devait guère
monter à plus de 12 mètres, ce qui suffisait amplement
pour mettre la garnison à l'abri d'une escalade par
échelle portative à dos d'homme. L'épaisseur est d'environ
6 mètres à la base, d'environ 5 mètres au sommet. La crête est
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partout détruite, mais les représentations
figurées (Fig.25) nous montrent qu'elle était couronnée
d'une corniche continue, très saillante, garnie extérieurement
d'un parapet mince, assez bas, crénelé
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à merlons
arrondis, rarement quadrangulaires.
Le chemin de ronde,
même diminué de l'épaisseur
du parapet, devait atteindre
encore 4 mètres ou 4 m,50.
Il courait sans interruption
le long des quatre fronts; on
y montait par des escaliers
étroits, pratiqués dans la maçonnerie
et détruits aujourd'hui.
Point de fossé: pour défendre le pied du mur
contre la pioche des sapeurs, on a tracé, à 3 mètres en
avant, une chemise crénelée haute de
5 mètres ou environ.
Toutes ces précautions
étaient suffisantes
contre la sape
et l'escalade, mais
les portes restaient
comme autant de brèches
béantes dans l'enceinte; c'était le point faible sur
lequel l'attaque et la défense concentraient leurs efforts.
Le fort d'Abydos avait deux portes, dont la principale
était située dans un massif épais, à l'extrémité orientale
du front est (Fig.26). Une coupure étroite A, barrée par de solides battants de bois, en marquait la place dans
l'avant-mur. Par derrière, s'étendait une petite place
d'armes B, à demi creusée dans l'épaisseur du mur, au
fond de laquelle était pratiquée une
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seconde porte C,
aussi resserrée que la première. Quand l'assaillant l'avait forcée
sous la pluie de projectiles que
les défenseurs, postés au haut
des murailles, faisaient pleuvoir
sur lui de face et des deux côtés,
il n'était pas encore au coeur de
la place; il traversait une cour
oblongue D, resserrée entre les murs extérieurs et
entre deux contreforts qui s'en détachaient à angle
droit, et s'en allait briser à découvert
une dernière poterne E, placée
à dessein dans le recoin le plus incommode.
Le principe qui présidait
à la construction des portes était
partout le même, mais les dispositions
variaient au gré de l'ingénieur. A la porte
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sud-est d'Abydos (Fig.27), la place d'armes
située entre les deux enceintes a été supprimée, et la
cour est tout entière dans l'épaisseur du mur; à Kom-el-Ahmar,
en face d'El-Kab (Fig.28), le massif de
briques, an milieu duquel la porte est percée, fait saillie
sur le front de défense. Des poternes, réservées en différents
endroits, facilitaient les mouvements de la garnison
et lui permettaient de multiplier les sorties.
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Le même tracé qu'on employait pour les forts isolés
prévalait également pour les villes. Partout, à Héliopolis, à Sân, à Saïs, à Thèbes, ce sont des murs droits, sans
tours ni bastions, formant des
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carrés ou des parallélogrammes
allongés, sans fossés ni
avancées; l'épaisseur des murs, qui
varie entre 10 et 20 mètres, rendait ces précautions inutiles. Les portes,
au moins les principales, avaient des
jambages et un linteau en pierre, décorés
de tableaux et de légendes; témoin celle d'Ombos,
que Champollion vit encore en place et qui date du
règne de Thoutmos III. La plus
vieille et la mieux
conservée des villes
fortes d'Égypte,
celle d'El-Kab, remonte
probablement
jusqu'à l'ancien
Empire
(Fig.29). Le Nil en
a détruit une partie
depuis quelques années;
au commencement du siècle, elle formait un quadrilatère irrégulier, dont les grands
côtés mesuraient 640 mètres et les petits
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environ un quart en moins. Le front sud présente la même disposition
qu'au Kom-es-soultân, des panneaux où les lits de briques sont horizontaux, alternant avec d'autres
panneaux où ils sont concaves. Sur les fronts nord et
ouest, les lits sont ondulés régulièrement et sans interruption d'un bout à l'autre. L'épaisseur est de 11m,50,
la hauteur moyenne de 9 mètres; des rampes larges et
commodes mènent an chemin de ronde. Les portes sont
placées irrégulièrement, une sur chacune des faces
nord, est et ouest; la face méridionale n'en avait point.
Elles sont trop mal conservées pour qu'on en reconnaisse
le plan. L'enceinte renfermait une population
considérable, mais inégalement
répartie; le
gros était concentré au
nord et à l'ouest, où
les fouilles ont découvert
les restes d'un
grand nombre de maisons.
Les temples
étaient rassemblés
dans une enceinte carrée, qui avait le même centre que
la première; c'était comme un réduit, où la garnison
pouvait résister, longtemps après que le reste de la
ville était aux mains des ennemis.
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Le tracé à angle droit, excellent en plaine, n'était
pas souvent applicable en pays accidenté; lorsque le
point à fortifier était sur une colline, les ingénieurs
égyptiens savaient adapter la ligne de défense au relief
du terrain. A Kom-Ombo (Fig.30), les murs suivent
exactement le contour de la butte isolée sur laquelle
la ville était perchée, et présentaient à l'Orient un
front hérissé de saillies irrégulières, dont le dessin rappelle
grossièrement celui de nos bastions. A Koumméh
et à Semnéh, en Nubie, à l'endroit où le Nil s'échappe
des rochers de la seconde cataracte, les dispositions sont plus ingénieuses et témoignent d'une
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véritable
habileté. Le roi Ousirtasen III avait fixé en cet endroit
la frontière de l'Égypte; les forteresses qu'il y
construisit devaient barrer la voie d'eau aux flottes des
Nègres voisins. A Koumméh, sur la rive droite, la position
était naturellement très forte (Fig.31). Sur une
éminence bordée de rochers
abrupts, on dessina
un carré irrégulier
de 60 mètres environ de
côté; deux contreforts allongés
dominent, l'un,
an nord, les sentiers qui
conduisent à la porte,
l'autre, au sud, le cours
du fleuve. L'avant-mur
s'élève à 4 mètres en
avant et suit fidèlement le mur principal, sauf en deux
points, aux angles nord-ouest et sud-est, où il présente
deux saillies en forme de bastion. Sur l'autre rive, à
Semnéh, la position était moins bonne; le côté oriental
était protégé par une ceinture de rochers qui
descend à pic jusqu'au fleuve, mais les trois
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autres
faces étaient à peu près nues (Fig.32). Un mur droit,
haut de 15 mètres environ, fut établi le long du Nil;
an contraire, les murs tournés vers la plaine montèrent
jusqu'à la hauteur de 25 mètres et se hérissèrent
de contreforts, longs de 15 mètres, épais de
9 mètres à la base et de 4 mètres au sommet et disposés
à intervalles irréguliers selon les besoins de la
défense. Ces éperons, non garnis de parapets, tenaient lieu de tours: ils augmentaient la force du tracé, défendaient
l'accès du chemin de ronde et battaient en
flanc les soldats qui auraient voulu tenter une attaque
de haute main contre
l'enceinte continue.
L'intervalle qui les sépare
est calculé de manière
que les archers
puissent balayer de
leurs flèches tout le
terrain compris entre
eux. Courtines et
saillants sont en briques
crues entremêlées
de poutres couchées
horizontalement dans
la maçonnerie; la surface extérieure en est formée de
deux parties, l'une à peu près verticale,
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l'autre inclinée de 160 degrés environ
sur la première,
ce qui rendait l'escalade
sinon impossible,
au moins fort
difficile. Intérieurement
tout l'espace
compris dans l'enceinte
avait été
haussé presque jusqu'au niveau du chemin de ronde,
en manière de terre-plein (Fig.33). Au dehors, l'avant-mur
en pierres sèches était séparé du corps de la place
par un fossé de 30 à 40 mètres de large; il épousait assez exactement le contour général et dominait la plaine
de 2 ou 3 mètres, selon les endroits; vers le nord, il
était coupé par le chemin
tournant qui descend en
plaine. Ces dispositions, si
habiles qu'elles fussent,
n'empêchèrent point la place
de succomber; une large
brèche pratiquée an sud,
entre les deux saillants
les plus rapprochés du
fleuve, marque le point d'attaque choisi par l'ennemi. Les grandes guerres entreprises en Asie sous la
XVIIIe dynastie révélèrent
aux Égyptiens
des formes nouvelles
de fortifications.
Les nomades
de la Syrie méridionale
avaient des fortins
où ils se réfugiaient
sous la menace
de l'invasion
(Fig.34). Les villes
cananéennes et hittites,
Ascalon, Dapour,
Mérom, étaient entourées de murailles puissantes,
le plus souvent en pierre et flanquées de tours
(Fig.35); celles d'entre elles qui s'élevaient en plaine,
comme Qodshou, étaient enveloppées d'un double fossé
rempli d'eau (Fig.36). Les Pharaons
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transportèrent dans la vallée du Nil les types nouveaux, dont ils
avaient éprouvé l'efficacité dans leurs campagnes. Dès
les commencements de la XIXe dynastie, la frontière
orientale du Delta,
la plus faible de
toutes, était couverte
d'une ligne de forts
analogues aux forts
cananéens; non contents
de prendre la
chose, les Égyptiens
avaient pris le mot
et donnaient à ces tours de garde le nom sémitique de magadîlou. La
brique ne parut plus dès lors assez solide, au moins
pour les villes exposées aux incursions
des peuplades asiatiques, et
les murs d'Héliopolis, ceux de
Memphis même, se revêtirent de
pierre. Rien ne nous est resté jusqu'à
présent de ces forteresses nouvelles,
et nous en serions réduits à
nous figurer, d'après les peintures,
l'aspect qu'elles pouvaient avoir,
si un caprice royal ne nous en
avait laissé un modèle dans un des endroits où on
s'attendait le moins à le rencontrer, dans la nécropole
de Thèbes. Quand Ramsès III établit son temple funéraire
(Fig.37 et 38), il voulut l'envelopper d'une
enceinte à l'apparence militaire, en souvenir de ses
victoires syriennes. Un avant-mur en pierre, crénelé, haut de 4 mètres en moyenne, court le long du flanc
est; la porte est pratiquée an milieu, sous la protection
d'un gros bastion quadrangulaire. Elle était large
de 1 mètre, et flanquée de deux petits corps de garde
oblongs, dont les terrasses s'élèvent d'environ 1m,50 au-dessus
du rempart. Dès qu'on l'a franchie, on se trouve
devant un véritable
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Migdol: deux corps de logis,
embrassant une cour qui va se rétrécissant par ressauts,
et réunis par un bâtiment à deux étages, percé
d'une porte longue. Les faces orientales des tours sont
assises sur un soubassement incliné en talus, haut de
5 mètres environ. Il était à deux fins: d'abord il augmentait
la force de résistance du mur à l'endroit où on
pouvait le saper, ensuite les projectiles qu'on jetait
d'en haut, ricochant avec force sur l'inclinaison du
plan, tenaient l'assaillant à distance. La hauteur totale
est de 22 mètres, et la largeur de 25 mètres sur le devant;
les portions situées sur le derrière, à droite et à
gauche de la porte, out été détruites dès l'antiquité. Les
détails de l'ornementation sont adaptés au caractère moitié religieux, moitié triomphal de l'édifice; il n'est
pas probable que les forteresses réelles fussent décorées
de consoles et de bas-reliefs analogues à ceux qu'on voit
sur les côtés de la place d'armes. Tel qu'il est, le pavillon
de Médinét-Habou est un exemple unique des perfectionnements
que les Pharaons conquérants avaient
apportés à l'architecture militaire.
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Passé le règne de Ramsès III, les documents nous
font presque entièrement défaut. Vers la fin du XIe siècle
avant notre ère, les grands prêtres d'Ammon réparèrent
les murs de Thèbes, de Gébéléïn et d'El-Hibéh
en face de Feshn. Le morcellement du pays sous les
successeurs de Sheshonq obligea les princes des nomes
à augmenter le nombre des places fortes; la campagne
de Piónkhi, sur les bords du Nil, est une suite de sièges
heureux. Rien, toutefois, ne nous autorise à penser que
l'art de la fortification ait fait alors des progrès sensibles:
quand les Pharaons grecs se substituèrent aux
indigènes, ils le trouvèrent probablement tel que
l'avaient constitué les ingénieurs de la XIXe et de la
XXe dynastie.
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</tbody>
- 3. Les travaux d'utilité publique
Egypte - L'archeologie egyptienne
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